ENCORE LES PHILANTHROPES!—A une lieue de Lille est l’abbaye de Loos;—c’est une des principales maisons de détention de France: elle contient trois mille prisonniers.

Si on lisait les condamnations des malheureux qui y sont renfermés,—on verrait qu’ils sont simplement condamnés à tant de mois ou d’années de prison.

Mais cette prison est livrée aux philanthropes de la seconde classe,—c’est-à-dire à ceux qui ont imaginé le régime cellulaire,—au moyen duquel les prisonniers deviennent, en moins de deux ans, fous ou enragés.

On condamne les prisonniers de l’abbaye de Loos au silence absolu,—qui est une nuance du régime cellulaire.

Le directeur actuel a,—dit-on,—demandé plusieurs fois l’autorisation d’accorder, comme récompense, aux prisonniers qui le mériteraient par leur conduite, un petit morceau de tabac et un verre de bière.

Il assure—que la passion de ces malheureux pour le tabac et la peine qu’ils éprouvent de s’en voir privés sont si grandes, que l’espoir d’en obtenir pour deux sous par semaine sur le prix de leur travail remplacerait—et avec plus d’efficacité, chez tous, tous sans exception, la crainte des châtiments et du cachot.

Cette demande du directeur est jusqu’ici restée sans résultats.

Je ne crois pas que l’administration ait le droit d’aggraver ainsi le régime des prisons.—Le régime cellulaire est une atrocité.

Un ministre ne peut l’autoriser sans l’assentiment des Chambres.—Quand un homme est condamné à la prison, on n’a pas plus le droit de l’isoler ainsi,—surtout après les horribles résultats qu’on en a vus,—que de lui faire trancher la tête.