Les Impressions de voyage de Dumas sont le plus souvent un petit drame—dans lequel paraissent invariablement, comme personnages principaux, d’abord Dumas lui-même,—puis Jadin le peintre,—puis Milord, le chien de Jadin.
Dumas transporte ses deux compagnons, non pas seulement dans tous les pays où il va,—mais encore dans tous ceux où il lui plaît d’être allé.
Ainsi, il n’est pas rare que Jadin, dans son atelier de la rue des Dames, lise avec autant de plaisir que de surprise quelques reparties heureuses que lui, Jadin, aurait faites la veille à un pâtre sicilien. A chaque instant il lui faut endosser des responsabilités imprévues.
Il rencontre un ami—qui lui dit:
—Nous avons fait, il y a quinze jours, un souper ravissant;—nous voulions t’inviter, mais nous avons vu, par un feuilleton de Dumas, que tu étais en Suisse avec lui.
—Eh bien! monsieur, lui dit une femme,—je comprends à présent pourquoi vous n’aviez pas le temps de m’écrire,—moi qui vous croyais malade à Paris,—quand j’apprends par un feuilleton de M. Alexandre Dumas—que vous étiez avec lui à Livourne,—où vous preniez le menton d’une fille d’auberge.
—Pourquoi, diable, mon cher ami, faites-vous ainsi des plaisanteries sur le gouvernement pontifical?
—Moi, je n’ai jamais parlé du gouvernement pontifical.
—Allons donc,—c’est dans le journal.
Un soir,—j’étais alors voisin de Jadin,—il vint me chercher pour souper:—il avait un certain pâté.—Nous partons,—nous entrons à l’atelier, nous ne trouvons que Milord tenant entre ses pattes un restant de la croûte de pâté qu’il achevait de manger.—Quelques jours après,—je lus dans un feuilleton de Dumas que ce même jour où Milord, pour Jadin et pour moi, n’avait été que trop à Paris,—le même Milord avait montré les dents à un lazarone à Naples.