Je n’ai même pas voulu parler alors d’un bruit qui a couru sur le dernier archevêque de Paris, lequel, embaumé par M. Gannal,—aurait été cependant enterré, exhalant une odeur qui ne doit pas être—ce qu’on appelle «odeur de sainteté,»—parce que ce n’était qu’un bruit.
J’ai vu dans les brochures que M. Gannal a bien voulu m’envoyer—sa lutte longue et ardente contre les préjugés de l’Académie de médecine—à propos de la gélatine.—Il a été reconnu depuis dix ans que la gélatine ne contient aucun principe nutritif—et qu’elle est, au contraire, fort malsaine,—au point que les animaux soumis à ce régime, dit alimentaire,—meurent plus promptement de faim que ceux auxquels on ne donne que de l’eau claire.
L’Académie de médecine—n’en a pas encore prescrit l’emploi dans les hôpitaux.
On ne saurait dire combien de malheureux ont ainsi été condamnés à la mort la plus horrible.
On doit louer M. Gannal—de sa courageuse persistance.—Je lui rappellerai à ce sujet que, depuis plus de trois ans, les Guêpes—se sont élevées à plusieurs reprises—contre cette désastreuse philanthropie,—et qu’il y a dix ans,—j’ai parlé dans un livre—appelé le Chemin le plus court—des philanthropes—qui, dans les hôpitaux,—font mourir les malades de faim en se glorifiant d’avoir inventé à leur usage—du bouillon de boutons de guêtres.
Ces plaisanteries paraîtront sans doute moins coupables à M. Gannal—que celles que je me suis permises envers ses brochures à M. Pasquier.
On lisait cette semaine dans presque tous les journaux de Paris: «La crue rapide des eaux de la Seine a failli coûter, avant-hier au soir, la vie à un vieillard qui, monté sur un petit batelet amarré près du pont de Beau-Grenelle, avait été renversé dans le fleuve par un violent coup de vent. Le malheureux vieillard allait périr lorsqu’un ouvrier maçon, nommé Renaud, se jeta aussitôt à la nage et parvint jusqu’au vieillard qu’il soutint d’un bras, tandis que de l’autre il nagea jusqu’à la rive. Ses courageux efforts eurent un plein succès; il déposa son précieux fardeau sur la berge, et bientôt après il conduisit le vieillard dans sa demeure, où les bénédictions d’une famille reconnaissante l’ont PAYÉ de sa généreuse action.»
Les actions de ce genre,—il faut le dire,—sont assez fréquentes,—et c’est un genre de courage que les gens bien élevés paraissent abandonner au peuple—comme une vertu trop robuste;—toujours est-il que nous n’entendons jamais dire à la suite de ces récits—que l’autorité—soit intervenue pour récompenser cette belle action;—pardon,—je me trompe,—si le maçon Renaud—l’exige, la préfecture de police—lui donnera vingt-cinq francs.
Vingt-cinq francs pour avoir sauvé la vie d’un autre homme au péril de la sienne!