Chloé, partagez mon ardeur,
Ou je vais mourir de douleur.

AUTRE.

J’ai cinq pieds, et pourtant je ne suis qu’un oiseau,
Otez mon cœur, je suis votre premier berceau. (Serin sein.)

Tout cela n’était pas bien neuf, mais ne chargeait pas plus l’esprit que les bonbons ne chargeaient l’estomac.—Cette poésie même excitait généralement un léger sourire.—Aujourd’hui les diablotins ont entrepris de former le cœur et l’esprit:—les papillotes ont leur mission sociale.—Je vous signale surtout les pastilles de chocolat recouvertes de petites graines blanches et enfermées deux à deux dans des papiers blancs;—leur tendance est tout à fait déplorable,—elles paraissent avoir pour but de dégoûter les enfants et les femmes de l’existence.

Si les diablotins donnent à leurs lecteurs quelques pièces de Pascal et de Larochefoucauld qui montrent la fausseté et le vide des choses humaines, les pastilles de chocolat vous disent des choses dans le genre de celles-ci:

La beauté, le pouvoir, les honneurs, la richesse.
Ne peuvent éviter l’inévitable sort;
La poussière confond le crime et la sagesse,
Et le même sentier nous conduit à la mort.
BERTHELEMOT.

On ne peut éviter son sort:
Chaque année est un coup dont nous frappe la mort.
LE FIDÈLE BERGER.

Les roses de ton front seront bientôt fanées,
Belle fille, à mourir en naissant condamnée.
DUPONT-JOURNER, rue Saint-Martin.

Le gouvernement ne paraît en aucune manière s’inquiéter de cette marche inquiétante;—je suppose donc qu’il exerce une censure cachée et scrupuleuse sur les devises de bonbons, et qu’il y a quelque homme de lettres attaché spécialement à la surveillance des écarts politiques que pourraient se permettre les diablotins.