(10) Ici je suis obligé d’effacer deux lignes pleines de gros mots;—le dieu se laisse aller à une colère d’un genre tout particulier, et dont je ne trouve d’analogie dans aucuns souvenirs.

Prométhée fut attaché à un rocher, et condamné à être le souper immortel d’un vautour.—Les paysans qui se moquèrent de Latone furent changés en grenouilles.—Apollon écorcha Marsyas.—Jupiter se servait de la foudre, Hercule d’une massue, Diane de ses flèches; Saturne avait une faux, Neptune un trident.

La foudre, l’arme vengeresse du dieu Cheneau,—n’a aucun rapport avec toutes celles-là. Je suis plus qu’embarrassé pour la désigner,—de même que la vengeance qu’il tire de moi. Je ne puis vous le dire, et il faut pourtant que je vous le fasse comprendre. Je voudrais trouver quelque analogie.

Phaëton fut précipité dans le Pô.

La vengeance rêvée par le dieu Cheneau contre moi est toute contraire: sa foudre est de celles qu’on est exposé à recevoir sur la tête le soir quand on rentre tard et qu’on passe trop près des maisons;—mais comme le dieu Cheneau fait de temps en temps imprimer en brochures les lettres qu’il m’écrit,—on pourra voir quelque jour—ce qu’il m’est impossible d’écrire et de faire imprimer,—à savoir les menaces du dieu:

Tantæne animis cœlestibus iræ?

AVRIL 1843.—Il faut que je fasse amende honorable à M. de Balzac[O].

J’avais fait prier Janin de m’envoyer—un écrit récent de M. de Balzac.—Janin,—par oubli—ou pour ménager ma sensibilité,—m’avait envoyé la chose moins quatre feuillets:—ces quatre feuillets qu’on m’envoie parlent de moi;—les paragraphes y sont séparés par huit portraits,—c’est-à-dire quelque chose comme ma tête avec un corps de guêpe.—Cette plaisanterie a été imaginée il y a un an par un dessinateur appelé M. Benjamin.

Ce qui est entre les portraits est copié sur une plaisanterie faite sur les Guêpes par le Charivari, il y a deux ans.