Mais alors—les fleurs étaient séchées,—la verdure était jaunie,—on voyait que depuis longtemps elles n’avaient pas été soignées.

Je rencontrai dans la rue—la Sémiramis de ce jardin suspendu.

—Ma jolie voisine,—lui dis-je,—pourquoi négligez-vous votre jardin?—Quelle passion a donc détruit celle que vous aviez pour les fleurs?

—Hélas! me dit-elle,—je ne demeure plus là-haut,—mon propriétaire m’a augmentée, parce qu’on a augmenté les impôts de sa maison,—et je n’ai pu rester.

Et alors, j’ai découvert le mauvais côté de l’ordonnance de M. Humann.

On a crié à l’illégalité, et on a eu tort,—et tout le bruit qu’on fait en France à ce sujet, en ce moment, n’est absolument que pour faire du bruit.

Dès l’instant que les Chambres ont voté un impôt, il faut qu’il soit perçu,—et tout ce qui peut en assurer la perception n’est point illégal, mais cela peut être injuste et cruel.—Le ministère prétend qu’il y a en France cent vingt-neuf mille quatre cent quatre-vingt-six maisons qui ne sont pas imposées;—il y a là une grosse erreur volontaire.—Une vieille loi ne soumet à l’impôt les maisons nouvellement construites que la troisième année de leur construction, et ces maisons exceptées sont comptées dans les cent vingt-neuf mille quatre cent quatre-vingt-six.

C’est le droit du ministère de percevoir l’impôt voté et de découvrir les maisons et les chambres qui ont échappé jusqu’ici; c’est même un devoir à certains égards, car par ce moyen on pourra faire une répartition plus égale.—S’il y en a qui ne payent pas, il y en a qui payent trop;—mais le fisc a peu l’habitude de rendre.

Il est triste seulement de penser que ce nouveau recensement dénonce aux loups du fisc une foule de pauvres mansardes dont les habitants auraient plus besoin de recevoir qu’ils ne peuvent donner;—pauvres gens qui auront à économiser sur le pain qu’ils ont tant de peine à gagner—de quoi payer l’air qu’on découvre aujourd’hui qu’ils respirent clandestinement et illégalement.

Et puis ensuite, après avoir fait rendre à l’impôt tout ce qu’il peut rendre, image qui fait ressembler le pays à un citron entre deux grosses mains,—on ne manquera pas de trouver qu’il ne rend pas assez.