«On disait que M. Ardoin était venu de Paris avec deux cent mille francs pour gagner les électeurs; et l’un d’eux, en effet, était venu chez Jouve lui demander trois mille francs sur cette somme. J’en veux ma part, aurait-il dit naïvement.

«Chevalier, adjoint. Celui-ci avait reçu en prêt, de M. Ardoin, une somme de huit cents francs pour trois ans, sans intérêts. Il vota, le premier jour, pour M. de Bellegarde, que les amis de M. Allier portaient à la présidence du collége. Il paraîtrait qu’on avait donné à cet électeur un mot d’ordre qui ne se serait pas retrouvé dans les bulletins énoncés. Aux reproches de M. Jouve, le sieur Chevalier aurait répondu: «Je ne voterai pour M. Ardoin que si, au lieu d’un prêt de huit cents francs, on le convertit en don, en déchirant mon obligation.»

»Chevalier aurait raconté ce fait en présence de cinq à six témoins. Et l’obligation a été déchirée. Chevalier aurait même ajouté: «Je dois mille francs à M. Julien, et j’aurais voulu acquitter cette dette.» Il a voté le deuxième jour pour M. Ardoin.»

Les parts ne sont pas égales,—nous avons vu tout à l’heure un électeur qui demande trois mille francs. M. Chevalier fait la chose pour huit cents francs.—C’est un gâte-métier.

«Si M. Ardoin ne faisait rien par lui-même, il laissait faire des agents dévoués. Le nommé Martin, repris de justice; le nommé Trinquier, sous le coup des réserves du ministère public pour altération de signature, allaient l’un et l’autre offrant de l’argent à qui voudrait en recevoir.»

C’est peut-être la première fois que ces deux messieurs offraient de l’argent au monde,—leurs antécédents judiciaires semblent, en effet, annoncer des exercices tout opposés.