«Ces personnes ont ajouté: «Si nous ne votions pas pour M. Ardoin, dès le lendemain même de l’élection nous serions poursuivis à outrance.»

Il est bon de se faire corrompre, mais il faut être honnête.—Vous avez promis de vous déshonorer; un honnête homme n’a que sa parole,—si vous y manquez et que ça tourne mal,—tant pis pour vous.

M. Ardoin lui-même s’en est expliqué devant nous en ces termes: «Les électeurs qui votaient pour moi étaient hébergés chez Gauthier et chez Bellotte. Il y avait table ouverte pour dîner et pour déjeuner, à mes frais. C’était connu, je ne m’en suis pas caché. On peut bien traiter ses amis. Le préfet m’a fait une affaire en 1839, parce que j’avais amené mon cuisinier. Je crois que je le ferai encore.» M. Ardoin a ajouté qu’il avait habité l’Angleterre, et que là on faisait bien autre chose.»

Attendez un peu,—nous ne faisons que commencer,—et nous commençons bien;—l’Angleterre n’est pas arrivée du premier coup où elle en est.

«Il n’a pu s’élever d’hésitation dès lors parmi les membres de la commission d’enquête que sur la manière de caractériser ces actes, et l’intention qui les avait inspirés. Les uns ont voulu les qualifier de manœuvres coupables, les autres de tentatives de corruption. La majorité de la commission a adopté une expression générale, qui comprend cette double pensée, et les a déclarés faits de corruption électorale

Cette pauvre commission a dû, en effet, se trouver bien embarrassée;—il paraît que ce que ces messieurs ont fait ne constitue pas des manœuvres coupables,—ni des tentatives de corruption.—Quel bonheur que la commission ait enfin trouvé—le mot,—le vrai mot,—le seul mot qui rende exactement la chose!—Cependant cette phrase rappelle un peu la fameuse distinction d’Odry entre les chiquenaudes, les pichenettes et les croquignoles.

«La minorité a dit qu’elle désapprouvait hautement, comme la majorité, les faits à la charge du concurrent de M. Allier (ah! c’est M. Ardoin qui ne sera pas honorable), mais qu’il lui était impossible de ne pas voir des actes d’intimidation dans l’ensemble des faits qui avaient caractérisé l’élection, notamment les actes relatifs à Ardoin de Briançon, à Bonnaffoux et à Chevalier. Ces actes ont été en quelque sorte avoués par M. de Bellegarde et par Joubert (M. Ardoin redevient honorable). La minorité a ajouté qu’il résultait de l’enquête qu’un grand nombre de bulletins, portant des désignations particulières, avaient été écrits en faveur de M. Allier; et que si on n’avait pas découvert la preuve matérielle d’un concert, d’un registre et d’un contrôle, tout portait à croire que ce concert et ce contrôle avaient existé, particulièrement de la part des trois membres composant le comité électoral de M. Allier, placés tous trois auprès du bureau du président du collége, au moment du dépouillement du scrutin, de manière à pouvoir lire tous les bulletins qui portaient des désignations et à constater leur origine. (M. Ardoin continue à redevenir honorable.) Cette circonstance, réunie à d’autres indices, fortifiait la minorité dans la conviction où elle était qu’une atteinte sérieuse avait été portée au secret des votes, à la liberté de l’élection; et que, pour mettre un terme à l’abus possible des bulletins avec des désignations, par une sanction sérieuse, elle était d’avis d’annuler l’élection de M. Allier. (Honorable M. Ardoin!)