Les journaux font à l’envi depuis deux ans l’éloge le plus pompeux des bonbons de Malte contre le mal de mer,—le mal de mer n’existe plus.—M. Granier de Cassagnac—qui en a fait une peinture si énergique,—qui en a tant souffert, et qui n’a eu que le tort d’affirmer que les anciens n’en avaient jamais parlé,—à quoi les Guêpes en ce temps-là—lui ont cité des passages de divers anciens qui s’en plaignaient amèrement,—M. Cassagnac lui-même ne peut voyager impunément sur mer.
Ton baume est merveilleux;—mais combien le vends-tu?
Je ne le vends pas, je le donne, car c’est le donner que de ne vendre que trois francs des bonbons aussi miraculeux;—trois francs, messieurs—rien que trois francs! tous les journaux de tous les partis, de toutes les couleurs, sont unanimes sur ce point:—le mal de mer, que M. Granier de Cassagnac croit une découverte moderne comme l’imprimerie,—le mal de mer n’existe plus:—tous les journaux le disent en chœur tous les matins—comme des paysans ou des guerriers d’opéra-comique.—Plus de mal de mer! il faudrait n’avoir pas trois francs dans la poche pour avoir le mal de mer aujourd’hui:—ouvrez un journal au hasard,—ouvrez-les tous, vous les verrez tous dire—de leur plus grosse voix—c’est-à-dire en lettres d’un demi-pouce:—«PLUS DE MAL DE MER.»—Il n’y a plus que les pauvres diables, les gens de peu,—qui vomissent.
Vous avez le mal de mer:—donc vous n’avez pas trois francs;—donc vous êtes un va-nu-pieds.
Les hommes au-dessous de trois francs sont les seuls aujourd’hui qui aient le mal de mer. On ne vomit plus qu’aux secondes places—sur l’avant du bateau.
Opinion de madame Ancelot sur une pièce de madame Ancelot.