«Salut à toi, Brutus, premier consul romain!»

elle n’avait lieu qu’à la dernière scène?

Pour ce qui est du style,—je ne déteste pas ces latinismes que l’on a trop reprochés à l’auteur;—cela a une force et une grâce particulières.—Le vers de M. Ponsard, un peu traînant, a néanmoins une sorte de noblesse et d’élégance bourgeoise qui ne s’élèvent pas au-dessus d’un certain degré, mais qui ne descendent pas non plus au-dessous.—Le sens est généralement clair.—Quelques pensées, les unes spirituelles, les autres raisonnables et nettement exprimées,—m’ont, avec quelques autres indices, laissé l’impression que, si la pièce de M. Ponsard est loin de mériter l’enthousiasme dont elle a été l’objet,—M. Ponsard a beaucoup plus de talent qu’il n’en a mis dans son ouvrage, qui reste cependant une œuvre estimable sous beaucoup de rapports,—et je serai bien étonné si M. Ponsard ne joue pas à l’envie, qui a cru se servir de lui comme d’un instrument, le petit désagrément d’avoir bientôt à chercher des instruments contre lui.

Il n’y avait rien de touchant comme d’entendre les gens de ce temps-ci, qui donnent de si charmants exemples,—s’écrier que le principal mérite de la tragédie nouvelle était dans les sentiments d’honnêteté et de vertu qu’elle renferme.

Je ne crois pas qu’il y ait au théâtre une seule tragédie qui ne soit fondée sur l’opposition du vice et de la vertu.—Les pièces de ce temps réputées les plus immorales ont leurs personnages honnêtes et leurs phrases vertueuses.—L’Auberge des Adrets n’a-t-elle pas la femme de Robert Macaire et son fils,—qui, avec le bon M. Germeuil,—offrent l’ensemble de toutes les vertus sans en excepter une seule?

Si vous voulez ne voir dans cette pièce que Robert Macaire et Bertrand,—reprochez alors à l’auteur de Lucrèce le personnage de Sextus Tarquin et celui de Tullie.

De tout temps la vertu a été au théâtre un emploi—et il y a eu des acteurs engagés exprès pour les rôles vertueux—tant ils sont un des éléments nécessaires et habituels du drame;—certes, les drames de la Porte-Saint-Martin, tant décriés sous ce rapport,—ont produit plus d’effet que l’on n’en attend d’ordinaire de bons exemples et surtout de bons préceptes,—M. Moëssard,—ce bon M. Germeuil,—a tant joué de rôles honnêtes dans les plus terribles mélodrames,—qu’il a fini par mériter à la ville un prix Montyon pour des actes très-sérieusement honorables.