DE LA LITTÉRATURE.—Nous allons, un moment, s’il vous plaît, monsieur Augustin, parler de la littérature considérée comme puissance.

Elle n’existe pas comme puissance, et elle est en train de ne plus exister comme littérature.

La presse,—cela veut dire, les journaux,—s’est inventée un jour elle-même; elle a fait semblant d’être la littérature, tant que cela a été utile à ses projets. Elle s’est servie de la littérature comme certains intrigants ont essayé de se servir de certains Louis XVII.

La littérature sert aujourd’hui au bas des journaux à faire la parade à la porte,—c’est le paillasse de la troupe.

Un poëte qui n’est que poëte vivra pauvre, mourra de faim et mourra inconnu.

Il ne peut pas dire comme Malherbe:—«J’ai toujours gardé cette discrétion de me taire de la conduite d’un vaisseau où je ne suis que passager.»

Il faut qu’il s’agrége à un parti politique; il devra, de préférence, écrire quelques phrases contre les tyrans et l’esclavage—(vieux style), parce que les journaux du gouvernement ne sont lus par personne.—Il n’y a pas d’exemple d’éloges sans restrictions perfides donnés par un journal à un écrivain qui n’est pas de son parti.

Le gouvernement, de son côté, ne fait de cas que des journalistes.—Un roman, une pièce de théâtre, ne peuvent que détruire la société; qu’est-ce que cela fait? mais un journal renverse un ministère, et ceci est grave.