»Adieu, madame! sachez-moi quelque gré du sacrifice que j’ai trouvé le courage de vous faire de vous-même. Je vous perds volontairement; car j’aurais pu vous tromper, et je n’ose le faire, etc., etc.»
Lucien reçut pour toute réponse:
«Je vous répondrai dans un mois.»
Bien précisément un mois après, une sorte de paysan se présenta le matin chez Lucien. Il était porteur d’une lettre à laquelle il avait ordre de ne recevoir aucune réponse.
«Mon ami, je ne suis plus à Paris; je suis calme, je suis heureuse. C’est par cela que je dois commencer. Maintenant, parlons un peu du passé.
»A la réception de votre lettre, j’ai eu de l’indignation, de la colère; j’ai pleuré, j’ai essuyé mes yeux avec orgueil, puis j’ai pensé.
»Vous avez fait pour moi ce qu’aucun homme n’a jamais fait pour aucune femme, je vous en remercie.
»Dans l’amour, il y en a toujours un qui aime, et l’autre qui est aimé; je crois que le plus heureux des deux est celui qui aime; j’ai choisi ce rôle et je le garderai.
»Merci de m’inspirer peut-être des illusions, mais des illusions que je crois des réalités, et qui me rendent bien heureuse.
»Vous vous calomniez, vous avez plus de force que vous ne le supposez. Vous avez volontairement, et par générosité, renoncé à la possession d’une femme agréable, qui vous était toute livrée; je vous aime et je vous aimerai toujours; le peu d’affection que j’obtiendrai en retour, j’y compterai sans défiance, sans incertitude. Je me suis séparée de tout ce qui n’est pas vous: si vous n’êtes pas tout à moi, il me reste un bonheur que peut-être vous ne comprendrez pas, mais qui suffit à ma vie, c’est d’être toute à vous.