Tout était d’une grande élégance autour de lui, quoique beaucoup d’objets parussent d’une époque bien antérieure à l’âge que peut avouer une femme; il y avait auprès de la cheminée une causeuse sur laquelle on avait laissé une broderie commencée; il n’y avait que quelques instants qu’elle avait quitté cette place: il s’y assit. Il croyait rêver; il cherchait à se la représenter. Comment sera-t-elle vêtue? et son regard, et sa voix? Mais lui, Roger, comment cacher son émotion, comment ne pas lui dire: «C’est moi... c’est Vilhem?» Il lui semblait qu’elle devait le reconnaître, comme lui la reconnaîtrait dans une foule.
Une porte s’ouvrit, la portière en drap bleu qui la couvrait se dérangea, et une femme entra.
Sa robe était d’une de ces couleurs indéterminées que l’on a assez désignées en les appelant couleurs foncées; elle était longue et presque traînante.
XIX
—Ah! parbleu! monsieur, a le droit de dire ici le lecteur, vous abusez de la description et vous vous livrez ici à la plus ridicule et la plus déplacée que j’aie jamais eu le malheur de rencontrer.
—Hélas! monsieur, c’est que la femme qui était dans cette robe était un vieillard de cinquante-cinq ans, avec un tour de cheveux en soie et du rouge végétal sur les joues.
Roger resta quelques instants étourdi. Tant que la porte ne fut pas refermée sur la personne qui entrait, il s’attendait à la voir suivie d’une autre. Puis il chercha sur ce vieux visage des traces de la beauté qu’il s’était figurée. Cependant il fallait parler: il demanda M. Deslandes.
—Il est absent.
—Alors, madame, je suis désespéré de vous avoir dérangée.
Il salua et se retira après avoir jeté encore un coup d’œil sur madame Deslandes.