Les applaudissements menacèrent alors de faire écrouler la salle.
Et Marthe s’écria en pleurant:
—Ah! Vilhem! c’est vous!
Et Roger reconnut au cou de Marthe, plus décolletée que de coutume, le collier de perles qu’il avait envoyé à l’inconnue.
HISTOIRE D’UN VOISIN
Je n’ai jamais bien compris l’inquiétude des voyageurs. Je n’ai jamais rien trouvé dans un pays, quelque lointain qu’il fût, dont on ne trouvât l’équivalent dans sa rue; beaucoup de gens sont allés en Amérique pour voir des arbres, et en Chine pour découvrir des hommes. La seule excuse des voyageurs d’aller si loin voir ce qu’ils verraient si bien de leur fenêtre, est que l’on ne pourrait mentir sur les choses qui sont sous les yeux de tout le monde. Le seul voyage sérieux et digne d’intérêt qui ait jamais été écrit est, sans contredit, le Voyage autour de ma chambre.
Il y a, dans une rue qui coupe la mienne à angle droit, un ouvrier en papier peint, dont les mœurs sont aussi intéressantes, aussi étonnantes, aussi sauvages surtout, que celles d’aucun peuple découvert ou inventé par les navigateurs.
Un lundi soir, il rencontra à l’Ermitage une jeune fille coiffée d’un bonnet coquet, fraîche, agaçante, mise proprement, réservée dans sa danse et dans ses paroles. En vain il épuisa tout l’arsenal de galanterie des danseurs du lieu; il remarqua qu’il faisait chaud, qu’il ferait bien plus froid si l’on était dans une autre saison; il lui dit:
—Votre robe est bleue; c’est une charmante couleur que le bleu.... Comment vous appelez-vous?