—A moins que tu ne le lui dises.
—Mais vous...
Enfin, je pressai, j'effrayai le malheureux jeune homme; il promit de me donner un cayeu quand on déplanterait les tulipes,—mais il exigea mon serment sur l'honneur de ne jamais nommer... celle que j'appelle Rebecca, à personne,—et de lui donner un autre nom—jusqu'à la mort de son oncle.
En échange de sa promesse, je lui donnai l'argent dont il avait besoin. Depuis, nous avons tenu tous deux nos serments; j'ai eu la tulipe et je ne l'ai nommée à personne;—la première fois qu'elle a fleuri ici,—chez moi,—étant à moi,—l'oncle est venu voir mes tulipes.—C'est une politesse qu'on échange comme vous savez entre amateurs;—il l'a regardée et a pâli.—Comment appelez-vous ceci? m'a-t-il dit d'une voix altérée.
Ah! monsieur, je pouvais lui rendre tout ce qu'il m'avait fait souffrir!—Je pouvais lui dire... le nom que vous ne savez pas... Je me suis rappelé ma promesse, ma promesse sur l'honneur, et le neveu était là, il me regardait avec angoisse,—et j'ai dit: Rebecca.
Cependant il trouvait bien quelques ressemblances avec sa tulipe;—aussi il est resté préoccupé,—il a beaucoup loué le reste de ma collection, et n'a rien dit de celle qui est la perle et le diamant de ma collection.—Il est revenu le lendemain,—puis le surlendemain,—puis tous les jours tant qu'elle a été en fleur,—puis il a réussi à se tromper lui-même;—il a cru voir entre Rebecca et... l'autre... des différences imaginaires. Alors seulement il a dit: Elle ressemble un peu à... vous savez.
Eh bien! Monsieur,—j'ai aujourd'hui la tulipe que j'ai tant désirée,—et je ne suis pas heureux.—A quoi cela me sert-il, puisque je ne puis le dire à personne!—Quelques amateurs,—forts,—la reconnaissent à peu près;—mais je suis forcé de nier,—et je n'en rencontre pas un assez sûr de lui pour me dire:—Vous êtes un menteur.—Je souffre tous les jours d'affreux tourments;—j'entends ici faire l'éloge de la tulipe que j'ai comme lui.—Quand je suis seul, je m'en régale, je l'appelle de son vrai nom, auquel je joins les épithètes les plus tendres et les plus magnifiques.—L'autre jour j'ai eu un peu de plaisir;—je l'ai prononcé ce nom,—ce nom mystérieux,—tout haut à un homme.—Mais je n'ai pas manqué à mon serment;—cet homme est sourd à ne pas entendre le canon.
Eh bien, cela m'a un peu soulagé,—mais c'est incomplet.—On ne sait pas que je l'ai—elle... tenez... ayez pitié de moi,—mon serment me pèse,—jurez-moi sur l'honneur, à votre tour, de ne pas répéter ce que je vais vous dire... Je vous dirai alors son vrai nom,—le vrai nom de Rebecca, de cette reine déguisée en grisette.—Votre serment à vous ne sera pas difficile à tenir;—vous n'aurez pas à lutter comme moi.—Monsieur, c'est affreux, mais je désire que cet homme, que ce Candaule soit mort,—pour dire tout haut que j'ai... Tenez, faites-moi le serment que je vous demande.—J'eus pitié de lui et je lui promis solennellement de ne pas répéter le nom de la fameuse tulipe.
Alors avec une expression d'orgueil intraduisible,—il toucha la plante de sa baguette,—et me dit: Voici...
Mais, à mon tour, je suis engagé par un serment,—je ne puis dire le nom qu'il fut si heureux de prononcer.