Vale.

LETTRE IX.

Le soleil n'est pas encore à l'horizon, cependant les ombres de la nuit commencent à se dissiper. Combien de plaisirs fatigants et malsains on achète à prix d'or, quand, pour rien, on peut jouir chaque jour du plus solennel spectacle... de la création du monde.

En effet, la nuit avait enlevé à tous les objets leur forme et leur couleur, voici le jour qui vient les leur rendre.

Au jardin, les fleurs jaunes et les fleurs blanches sont les premières qui reçoivent leur coloris. Les fleurs roses, rouges, bleues, sont encore invisibles et n'existent pas pour les yeux; le feuillage commence à montrer sa forme, mais il est noir. Les fleurs roses sont peintes à leur tour, puis les rouges, puis les bleues; toutes les formes sont distinctes. Déjà l'hémérocalle, une sorte de lis jaune fermé pendant la nuit, rouvre sa corolle et commence à répandre une odeur de jonquille. Le léontodon, fleur couleur dor, a étalé avant l'hémérocalle sa fleur rayonnante dans l'herbe où les paquerettes encore fermées tiennent réunis en faisceaux leurs petits rayons d'argent dont elles montrent alors le dessous qui est d'un beau rose.

Les oiseaux se réveillent et chantent. Le ciel prend une teinte rose; les nuages gris deviennent d'un lilas clair; l'orient s'épanouit en un jaune lumineux; les cerisiers placés à l'occident teignent de rose leur écorce grise sous le premier rayon que lance obliquement le soleil. Voici l'astre du jour, l'astre de la vie, qui monte dans sa gloire et dans sa majesté, un globe de feu s'élève à l'horizon.

Toutes les plantes se réveillent, l'acacia avait ses feuilles pliées et appliquées les unes contre les autres; les voilà qui se séparent et se dressent. Le lupin à fleur bleue, qui a des feuilles d'un vert cendré et faites comme des mains, avait resserré ses doigts et laissé tomber ses bras contre sa tige; ses feuilles s'écartent et se relèvent.