Le lupin a fait écrire bien des pages par les savants; Virgile a dit quelque part tristis... lupinus. Pourquoi Virgile a-t-il appelé le lupin triste? L'espèce dont nous parlons est d'un port charmant, la fleur en est d'une forme agréable et d'une belle couleur, d'autres espèces répandent un suave parfum. Pourquoi Virgile a-t-il dit que le lupin était triste? Dieu sait les raisons qu'en ont trouvées les savants; plusieurs volumes ont à ce sujet été commis tant par les savants botanistes que par les savants commentateurs, on n'a jamais pu s'accorder.
Je sais deux questions de la même force et que nous nous faisions au collége: l'une restait indécise comme la question du lupin triste l'a été jusqu'ici, l'autre recevait une solution de même que la tristesse du lupin va être expliquée tout à l'heure.
Pourquoi, demandait un écolier à un autre, le saumon est-il le plus hypocrite des poissons? Le camarade cherchait quelque temps, mais, comme il n'était pas savant de profession, il disait: Je ne sais pas. Un savant ne dit jamais je ne sais pas, il préfère l'erreur à l'ignorance; je ne sais pas, disait l'écolier, attendant le mot de l'énigme. Ni moi non plus, répondait l'autre, si je le savais je ne le demanderais pas. L'autre question était celle-ci: On sait que saint Paul en allant je ne sais où fit une chute de cheval: Dic mihi, quæso, disait-on, dic, sanctus Paulus cur cecidit? Dis-moi pourquoi saint Paul est tombé de cheval? La réponse longtemps cherchée finissait par être celle-ci: Quia bene non se tenuit: Parce qu'il ne s'est pas bien tenu. Je déclare ces deux réponses parfaitement claires, parfaitement sages et raisonnables: il s'en faut de beaucoup que les savants procèdent ainsi; cependant la seule raison pour laquelle Virgile a appelé le lupin triste, c'est qu'il avait besoin, pour la mesure de son vers, de deux syllabes longues que lui fournissait le mot tristis. Cela n'est pas rare chez les poëtes latins, que j'aime raisonnablement, mais que je ne fais pas semblant de porter aux nues pour colorer d'un prétexte convenable l'envie et la malveillance contre les contemporains.
Mais continuons à voir se réveiller les plantes. La balsamine, qui avait penché ses feuilles vers la terre, les relève vers le ciel; l'onagre, qui au contraire avait relevé les siennes, et en avait embrassé sa tige, les écarte et les laisse un peu fléchir.
Les insectes commencent à bourdonner.
Le souci pluvial ouvre sa fleur qui est un disque violet, entouré de rayons blancs par-dessus, violâtres par-dessous.
Le nénuphar blanc, qui avait hier soir fermé sa fleur s'épanouit de nouveau; les volubilis, qui grimpent en guirlandes chargées de fleurs roses, violettes, blanches, rayées, ferment leurs fleurs qui se sont ouvertes pendant la nuit. Les belles-de-jour épanouissent à leur tour leurs fleurs bleues et jaunes. Chaque plante fleurit à l'heure qui lui a été fixée; le soleil qui force l'une à s'ouvrir, oblige l'autre à se fermer, et cependant elles n'ont aucune différence à l'œil.
Les insectes, les papillons et les mouches de toutes couleurs se répandent de toutes parts.
Mais le léontodon se ferme vers trois heures de l'après-midi. Le souci pluvial ne tarde pas à imiter son exemple, à moins que le temps ne soit pluvieux, car alors il se serait refermé plus tôt. La paquerette, qui s'était étalée au soleil se resserre et redevient rose. Graduellement, les feuilles de l'acacia se replient ainsi que celles des autres arbres dont nous avons vu ce matin le réveil; la belle-de-jour se ferme, le soleil va se coucher; la fleur blanche du nénuphar rassemble ses pétales et les resserre. Les oiseaux ont cessé de chanter et se disputent leur place sous les feuilles; vous voyez reparaître au ciel les couleurs que vous y avez admirées ce matin, mais elles ont pris des nuances plus sévères et plus foncées. Le rose du matin est rouge le soir, le jaune est orange, le lilas est devenu violet; le globe de feu descend et disparaît dans une brume rouge qui semble la cendre allumée d'un volcan. Les arbres de l'orient à leur tour reçoivent l'adieu et le dernier regard du soleil comme les arbres de l'occident avaient reçu son bonjour et son premier rayon. On entend au loin coasser les grenouilles, les scarabées volent lourdement, le cerf-volant et le rhinocéros sortent des creux des chênes, les stercoraires bleus et violets, et plus richement vêtus que les rois, sortent de la bouse de vache.
Voici la nuit.