Mais la nuit a ses oiseaux, ses fleurs et ses insectes qui dormaient pendant le jour et qui s'éveillent lorsque les autres s'endorment.

La lune est leur soleil.

La belle-de-nuit a ouvert ses petits cornets pourpres, jaunes ou blancs. Une variété, dont la fleur blanche supportée par un long tube a le centre d'un riche violet, exhale une douce odeur. L'énothère étale ses belle coupes jaunes parfumées. Les volubilis attendront le milieu de la nuit.

Pendant ce temps les étoiles s'épanouissent au ciel. Dans l'herbe, les lucioles femelles commencent à briller d'un feu vert et phosphorique: c'est seulement l'extrémité inférieure de leur corps et le dessous qui est ainsi lumineux. La luciole est au jour un insecte aplati, se traînant sur six mauvaises pattes; le soir elle se met sur le dos pour que le phare qu'elle allume se voie de plus loin.

Vous connaissez l'histoire d'Héro et de Léandre, c'étaient deux amants séparés par un bras de mer. Chaque nuit Léandre traversait le détroit à la nage pour aller passer quelques instants auprès d'Héro. Je ne sais si Héro était bien belle, mais avec la première venue et des obstacles on fait une passion. Ovide dit qu'elle était ravissante, j'en crois Ovide. Une nuit, une tempête s'élève pendant que Léandre s'efforce en vain de gagner l'autre rive, guidé par le fanal que son amante allume chaque soir. Le poète met dans sa bouche une plainte touchante, il prie la tempête de ne le noyer qu'au retour; la tempête fut sourde et la malheureuse Héro vit arriver à ses pieds le cadavre de son amant.

La luciole n'allume de même son fanal et ne prend tant de soin de le mettre en évidence, que parce que c'est lui qui la désigne à une foule de petits Léandres vagabonds, auxquels la nature a accordé des ailes. Les mâles des lucioles sont beaucoup plus petits que les femelles, et, je le croirais, beaucoup plus nombreux, car il est rare qu'on en voie moins de trois ou quatre entourer en tous sens une femelle de leurs soins empressés. Ils ne sont pas lumineux.

Pendant qu'à l'exemple de Diogène, mais pour un autre motif, la luciole cherche un homme avec sa lanterne, une grande phalène passe auprès de moi; ses ailes font entendre un bruit semblable à celui que ferait un petit oiseau. En effet, elle est beaucoup plus grosse que certains oiseaux-mouches. Elle passe au-dessus de toutes les fleurs qui dorment, elle cherche; elle sait que dans ces belles coupes de grenat et de topaze des belles-de-nuit et des énothères un doux nectar est préparé pour elle. La voici au-dessus d'une énothère: elle plane sans toucher la fleur, ses ailes semblent immobiles, tant elle les agite vivement. Alors elle développe une trompe roulée sous sa tête, et qui échappait à la vue, mais qui est plus longue que l'insecte entier. Cette trompe se sépare en deux; chacune des deux est une trompe parfaite, au moyen de laquelle elle suce au fond des fleurs le miel qu'elles renferment.

Il ne faut pas croire que, pour ne sortir que la nuit, ce papillon, que les naturalistes appellent sphinx, ait négligé sa parure. Il a les ailes d'un gris nué de divers bruns et noirs. Le corps est peint d'anneaux blancs, roses et noirs, séparés dans la longueur du corps par une raie grise.

En voici un autre qui est encore plus richement vêtu: son corps et ses ailes sont de deux couleurs, vert olive et rose.