Mais quel cri plaintif se fait entendre sur ce jasmin? Est-ce ce grand sphinx qui s'y est posé qui s'avise de gémir ainsi? Si le cri qu'il fait entendre est lamentable, son aspect n'est pas non plus fort réjouissant. Ses ailes supérieures sont nuées de couleurs sombres; les inférieures sont d'un orange terne et pâle, avec des bandes noires. Son corps est rayé d'anneaux noirs et de ce même orange triste: mais c'est sur son corselet que la nature s'est permis une singulière fantaisie: des taches oranges et noires forment, d'une manière parfaitement distincte, la figure d'une tête de mort.

En 1730, il parut en Bretagne une grande quantité de ces papillons. Leur cri et leur figure singulière jetèrent l'épouvante dans tous les esprits. Les curés en parlèrent en chaire, et donnèrent cette apparition comme un signe évident de la colère céleste. Les imaginations furent frappées au plus haut degré, beaucoup de personnes firent des confessions publiques; un curé écrivit à ce sujet une homélie qui fut insérée dans le Mercure de France. Les plus incrédules dirent que ce prodige annonçait une peste. M. de Pontchartrain, alors secrétaire de la marine, demanda à l'Académie si quelques-unes de ces alarmes étaient fondées. L'Académie ayant répondu négativement, fut fort blâmée par l'Eglise; les pères de Trévoux proclamèrent dans leur journal que c'était à tort qu'on désabusait les gens d'une terreur salutaire: «Le public, disaient-ils, a toujours droit de s'alarmer, parce qu'il est toujours coupable, et tout ce qui lui rappelle la colère d'un Dieu vengeur est toujours respectable.»

L'espèce de cri que fait entendre ce sphinx, qui a été justement nommé Atropos, est produit par le frottement de sa trompe contre les cloisons qui la renferment. Il a été une grande chenille jaune et verte.

Ce n'est qu'assez avant dans la nuit que les volubilis déplissent leurs fleurs. Il y a une petite chenille assez laide qui vit sur les volubilis, et qui devient un papillon fort joli et fort singulier; la chenille est d'un vert blanchâtre et assez velue. La phalène est d'une blancheur éclatante; ses ailes paraissent se composer de dix petites plumes d'une extrême finesse. Chacune des ailes supérieures est divisée en deux, chacune des ailes inférieures est divisée en trois parties découpées, en telle façon que ce n'est qu'avec le secours de la loupe qu'on peut voir que ce ne sont pas de véritables plumes beaucoup plus blanches que celles du cygne, beaucoup plus finement striées que celles de l'autruche.

La nuit est le temps que les arbres prennent pour aspirer l'oxigène qui est nécessaire à leur existence comme à la nôtre. Le jour, ils en expireront et en rendront à l'air beaucoup plus qu'ils n'en ont pris, l'action du soleil décomposant l'acide carbonique.

Ces deux phénomènes expliquent le danger qu'il y a à garder des végétaux la nuit dans une chambre fermée, car alors les végétaux absorbent une partie de l'oxigène et diminuent la quantité d'air respirable. Cette quantité, nécessaire à chaque homme, est plus considérable qu'on ne pense. Un homme consomme par heure au moins six mètres cubes d'air; la plupart des plaisirs pris en commun, les bals, les soirées, les spectacles, les assemblées, commencent par diminuer considérablement cette ration indispensable. Il est difficile que dans un raoût, dans une soirée comme on les donne aujourd'hui, chaque personne ait pour sa part plus d'un mètre et demi d'air respirable. Vous vous décideriez difficilement à prendre quelques-uns de ces plaisirs s'il vous fallait les acheter au prix de la privation des deux tiers de vos aliments. La privation d'air a des effets moins immédiats, mais il est probable qu'elle engendre la plus grande partie des maladies propres aux habitants des villes.

Outre que les végétaux renfermés dans une chambre absorbent une partie d'oxygène, ils expirent une partie égale d'acide carbonique, qui est un poison mortel quand il se trouve mêlé en proportion trop forte dans l'air respirable, dont il est cependant un des éléments. Cela explique également le bien-être que l'on éprouve le jour sous les arbres, bien-être qui ne vient pas seulement de l'ombre et de la fraîcheur.

Vous voyez, mon ami, que, sans qu'il soit nécessaire de changer de place, il suffit de regarder, pour voir sans cesse des choses nouvelles passer sous nos yeux. Aucune des plantes, aucun des insectes dont je vous ai parlé dans cette lettre et dans la précédente ne s'épanouit ou ne se montre, ne se ferme, ne se transforme ou ne meurt, avant ni après l'époque, le jour, l'heure qui lui a été assigné. Toujours le léontodon ouvre ses rayons d'or avant que la pâquerette n'étale ses rayons d'argent; jamais l'énothère ne développe sa corolle avant que le nénuphar n'ait replié ses pétales. Le merle siffle le matin, le rossignol chante pendant la nuit; les sauterelles, dans les luzernes, font entendre sous la chaleur la plus ardente du soleil une sorte de coassement pareil à celui des grenouilles dans les mares, quand le soleil se couche. Chaque instant a son intérêt, son spectacle, sa richesse et sa splendeur.