Mais plus il avance dans son œuvre et plus il voit reculer devant lui, comme dans une perspective mobile, cette gloire à laquelle il aspirait, et par un retour sur lui-même qui le dépouille des prestiges et des illusions de la terre, il tourne ses dernières pensées vers Dieu; et Dieu, dans sa miséricorde infinie, soulage cette âme en peine en soufflant sur ses doutes et en embaumant de cet hymne suave et mélodieux, l’Église, son pauvre cœur déchiré:
L’ÉGLISE.
Le soleil, du matin, sur l’église en prière
Vient épancher à flots sa limpide lumière;
Les tabernacles d’or et les saints radieux
De reflets jaillissants éblouissent les yeux:
Planant sur leurs autels parfumés, les madones
Semblent pencher plus bas le front sous leurs couronnes,
Pour respirer l’encens des vases pleins de fleurs,
En rêvant à l’aspect des humaines douleurs.
Les vitraux peints d’azur, de topaze et de rose,
Sur les parois brûlants, qu’une eau prudente arrose,
Ont secoué l’éclat des robes de leurs saints,
Suspendus à l’ogive en lumineux essaims;
On dirait, émaillant les dalles diaprées,
Des fleurs du paradis les ombres colorées;
La rose du portail, les grands arcs élancés,
Les chapiteaux romans aux monstres enlacés,
Où l’artiste naïf sculpta, de fantaisie,
Quelque emblème ignoré d’inculte poésie;
Le chœur, le maître-autel, tout de dentelle et d’or,
Les vieux tableaux noircis, l’orgue muet encor,
Les chapelles en fête et leurs saintes images
Qui retracent, auprès de la crèche et des mages,
Le gibet où Jésus bénit en expirant;
Sur leurs socles marbrés les anges adorant!
Tout, aux feux du soleil, s’échauffe et se ranime,
Tout vit prêt à chanter un cantique unanime,
Tout semble, avec la foi des harpes de Sion,
Soupirer la prière et l’adoration.
CHŒUR DANS LE TEMPLE.
Chantons, ô fils de la poussière,
Chantons l’hymne de notre amour;
Offrons l’encens de la prière:
Voici resplendir la lumière
Qui chasse l’ombre du faux jour!
O débile et mourante flamme,
Qui devait brûler sur l’autel,
Une seule voix te réclame;
Mais cette voix réveille l’âme;
Cette voix lui prédit le ciel.
Viens à nous et quitte ce monde,
Où devaient s’égarer tes pas;
Etoile, dans ta nuit profonde,
A travers le brouillard immonde,
Etoile, ne nous vois-tu pas?
Ton front est superbe, ô poète;
Tu t’adores, risible Dieu!
L’orgueil a couronné ta tête;
Tu prends la robe de prophète,
Et rêves ta place au saint lieu!
Hélas! trop faible créature,
Rougis au penser de tes jours,
Jetés aux flots d’une onde impure:
Rallume en ta jeune nature
Le foyer des nobles amours!
Enfant, respire l’espérance,
La fleur au parfum le plus doux!
L’âme doit voir sa délivrance:
Même aux plus longs jours de souffrance,
Ne chante jamais qu’à genoux!