Tout est calme, tout tombe en une paix profonde...
O silence des bois,
Craignant de te troubler et de réveiller l’onde,
Je veux taire ma voix.
Mais, bien que comprimant ma sourde et longue plainte,
Je l’étouffe en mon sein;
Toujours glace mes sens l’épouvantable crainte
Qui parle d’assassin!
(Une rafale s’élève; un soudain frémissement secoue tous les arbres de la forêt: le temps se trouble et change.)
DEUXIÈME FÉE.
L’heure! voici l’heure!
N’entendez-vous pas
La forêt qui pleure
A ce bruit de pas?
Effrayant mystère!
Sentez-vous la terre
Frémir et trembler,
Et du chêne austère
Le tronc s’ébranler?
Tout se tait; silence!
La lune a pâli;
Sur son front s’avance
Un funèbre pli,
Où l’astre s’engage
Sous le noir nuage
Presque enseveli.
Elle éclaire à peine
Mont, forêt et plaine
De ternes lueurs;
Dans sa marche lente
Son disque s’augmente
De vagues rougeurs....
La feuille jaunie
Vole en tourbillon;
Sur la fleur ternie
Meurt le papillon;
Soudain quel silence!
Voilà qu’il s’élance
De l’horizon noir
L’orage en furie,
Qui s’acharne et crie
Contre le manoir.
Le vent se déchaîne,
Courbe le grand chêne,
Tord, dépouille, abat
La débile plante
Qui, sous la tourmente,
En vain se débat,
Et traîne, brisée,
Sur le sol poudreux
Sa fleur irisée,
Pleine de rosée....
Tourbillon affreux!
Des oiseaux nocturnes,
Au jour taciturnes,
Entendez les cris;
Aux troncs ils s’attachent,
Se battent, s’arrachent
D’informes débris.
Le tourbillon roule:
Comme un mont qui croule,
La vaste forêt
Penche tout entière
Sa verdure altière,
Dont, sous la poussière,
L’éclat disparaît;
Elle se relève;
Mais le vent, sans trève,
Frappe à coups pressés
Les cimes géantes
D’effroi mugissantes;
Les pins fracassés,
Race chevelue,
Dressant dans la nue
Leurs vieux troncs blessés,
Luttent inflexibles,
Secouant, terribles,
Leurs bras hérissés.
(La flamme s’éteint.)
PREMIÈRE FÉE.
O mortelle atteinte,
La flamme est éteinte!
LES TROIS FÉES.