O toi, sourde, ce soir, aux paroles des fées,
Sois maudite à jamais, terre infâme! Etouffées
Tes plantes vont mourir tordant de désespoir
Leur tige dépouillée, et, désormais, le soir,
En flairant l’air qui passe, ô poussière sanglante,
Loin de toi s’enfuira le cerf plein d’épouvante!
PREMIÈRE FÉE.
Répandons-nous dans la nuit,
Comme une brume légère,
Et glissons sur la fougère,
Impalpables et sans bruit.
Qu’importe l’heure sonnée?
Pour l’avenir incertain
L’œuvre n’est pas terminée,
Et notre œuvre est le destin.
Que chaque fée assidue
Se mette à sa tâche ardue!
Mes sœurs, il nous faut veiller:
Temps viendra pour sommeiller.
CHŒUR DES FÉES.
Sans éveiller la fougère,
Invisibles et sans bruit,
Comme une brume légère,
Épandons-nous dans la nuit.
(Les fées disparaissent. L’orage continue. Le ciel est sombre, menaçant, croisé d’éclairs livides. Le vent siffle avec violence dans les profondeurs de la forêt.)
Il nous reste à montrer comme socialiste ce poète infortuné, méconnu de son vivant, qui, dans ses veilles et ses travaux surhumains, tua son âme mille fois, avant de mourir, et dont la mémoire, à part quelques éloges tronqués, n’a été rappelée que pour l’insulte et le mépris.
CONSEILS AUX PROLÉTAIRES.
Hommes du peuple, gardez-vous de ceux qui viennent vous trouver avec de belles paroles sur les lèvres en nourrissant le mensonge au fond de leur cœur; gardez-vous de ceux qui prodiguent les promesses pour vous attirer dans un abîme. Surtout n’écoutez jamais les apologistes du pillage et du sang. Hommes, mes frères, je sais combien vos misères vous rendraient faciles à abuser; méfiez-vous des hâbleurs politiques et du clinquant misérable de leurs paroles; méfiez-vous des théoriciens sans portée, dont les plans heureusement irréalisables ne s’appuient sur aucune base scientifique, sur aucune connaissance de la nature humaine.
Cependant gardez-vous aussi de condamner tout à fait avant d’avoir entendu. Il n’y a point de parti où il ne se trouve des idées justes à recueillir, point de théorie sociale où tout soit absolument méprisable ou illusoire. Mais gardez votre indépendance intellectuelle, jusqu’à ce que les doutes d’une grande partie d’entre vous venant à s’éclaircir, vous puissiez réunir vos convictions éparses en une religion commune. Alors, seulement alors, vous pourrez juger ce qu’il conviendra de faire, et l’esprit de Dieu descendra parmi vous.