Précisément vers et romans n’agissent qu’avec trop de force sur une jeune tête de dix-sept ans, et ce n’est ni dans la Nouvelle Héloïse ni dans les romans modernes qu’on trouve les meilleures règles de conduite.
Enfin, Hilbey arriva à Fécamp. Son nom remplit bientôt la petite ville. Un ouvrier tailleur qui faisait des vers! Des vers qui avaient paru dans la Revue du Hâvre! Le fait était unique à Fécamp. On en parla beaucoup; on en parle sans doute encore.
Hilbey ne tarda pas à se marier à la jeune personne dont nous venons de parler. Il vint se fixer à Paris pour y courir les chances de la vie littéraire. Il y débuta par la publication d’un volume de vers intitulé Un Courroux de poète, dont les sujets, pour la plupart, se rapportaient aux divers événements de sa vie. On trouve dans ce recueil de la grâce, de la facilité, de la verve et une science rhythmitique donnée peut-être par la nature seule. Hilbey fit jouer ensuite, à l’Odéon, Ursus, comédie en un acte et en vers, qui n’obtint qu’un succès médiocre. Fort jeune encore, Hilbey peut parvenir à se faire un nom dans les lettres.
Nous donnons à nos lecteurs deux pièces différentes de ton et de sentiment, de ce jeune auteur pour mieux faire apprécier son talent.
ADIEU AU VILLAGE NATAL.
Tel l’enfant du hameau, dans la cité le voisine
Courant de la fortune éprouver les hasards,
Sur le toit paternel, du haut de la colline,
Une dernière fois retourne ses regards;
Tel je me retourne moi-même,
A peine au sommet du coteau,
Pour donner un regard suprême
Aux champs qui furent mon berceau!
Quel jour rafraîchissant inonde ma paupière!
Je vous ai reconnus, ô vallons toujours chers!
Aux lieux où l’on naquit plus douce est la lumière,
Et plus doux sont aussi les airs!
Courons d’abord, courons vers cette humble chaumière.
Souvent mes pas amis, en franchirent le seuil;
Souvent... Mais, qu’ai-je vu? l’herbe y croît, et le lierre
L’enveloppe ainsi qu’un linceul!
Funeste isolement où mon regard succombe,
Cherchant des traits aimés qu’il ne retrouve plus;
Quoi! partout des vieillards dévorés par la tombe
Font place à des enfants que je n’ai pas connus!