J’aimerai le flot pur qui de ton sein s’épanche,
Et, calmant ses bouillons et son écume blanche,
En limpide miroir à tes pieds s’aplanit;
Lac où se réfléchit sans cesse ton image,
Et le saule incliné, comme en signe d’hommage,
Et la branche flexible où l’oiseau pend son nid.

J’aimerai sous la nuit ta parure argentée;
Ta voix qui glisse au loin, dans le calme jetée,
Et du fleuve voisin éveille les échos;
Sa voix grave, à cette heure, à la tienne est unie,
Et tu fournis un ton à sa grande harmonie,
Comme à son vaste sein tu vas mêler tes eaux.
. . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . .

Mais si l’on trouve ces vers pleins de grâce, de fraîcheur et d’élégance, ceux qu’il adresse à à M. Poultier, de l’Académie royale de musique, paraîtront sans doute plus remarquables par les nuances délicates de la pensée et par l’éclat de l’expression:

. . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . .
A la flatteuse voix de cette foule élue,
Qui, d’acclamations te couvre et te salue,
Ma muse va mêler la voix de l’atelier:
Poultier, daigne, en faveur d’ancienne confrérie,
Accueillir cette muse aux doux travaux nourrie;
Comme tu l’as été, moi je suis tonnelier.

Sans doute que déjà des lyres caressantes
T’ont jeté bien des fois, en notes ravissantes,
Comme un vaste encensoir, des flots de doux encens;
Mais, loin des champs d’enfance, avec joie on accueille
La simple et pâle fleur qu’un ami nous y cueille:
Daigne voir cette fleur dans mes pâles accents.

Lorsque le voyageur, sur ces plages d’Asie,
Où les siècles, parlant à notre âme saisie,
Ont laissé leur empreinte en traits mystérieux,
Parmi les longs débris que son regard admire,
Les restes de Balbeck, les marbres de Palmyre,
Voit un compatriote apparaître à ses yeux,

Il lui semble, isolé sur la terre étrangère,
Qu’il vient de rencontrer une famille, un frère;
Il lui presse la main, il bénit le hasard:
Nous, élevés tous deux dans la même industrie,
Ne nous semble-t-il pas, loin de notre patrie,
Que nous nous rencontrons sur le terrain de l’art?

Tous deux, en abordant cette noble carrière,
Tout poudreux du métier de la même poussière,
Nous avons sillonné l’empreinte de nos pas;
Mais, vers le but lointain, riante perspective,
Où la gloire vient poindre à ta vue attentive,
Dans ton vol élevé, moi je ne te suis pas.

Déjà rasant les cieux, aigle aux puissantes ailes,
Enflammant ton sillon d’un torrent d’étincelles,
Tu jettes de bien haut tes mélodieux sons;
Et moi, rasant le sol de mon aile timide,
Dans mon obscur essor, jouant sur l’herbe humide,
Humble oiseau, je prélude à l’ombre des buissons.

Mais, comme l’aigle encor qui, franchissant l’espace,
Vole loin de la terre et sous le soleil passe,
Voit toujours sur le sol son image glisser,
Ainsi, dans ce métier qui m’appelle à l’aurore,
Et qu’en rimant ces vers ma main exerce encore,
Ton souvenir jamais ne pourra s’effacer.