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»Vous reconnaîtrez sans peine la plume d’un artisan poète de la nature, comme vous avez eu la juste idée de m’appeler........

»Agréez, etc., etc.»

Sans doute l’inspiration sera toujours le plus précieux don accordé au poète, mais est-il vrai qu’elle soit suffisante? Plus l’esprit est exercé par l’étude, plus il a de termes de comparaison; plus riche et plus originale sera sa broderie sur le canevas de l’imagination. Plus le poète, tendant à se dépouiller de son ignorance, examine, pèse, commente les procédés des grands poètes artistes, plus il se sent enflammé de l’amour de l’art, et plus il comprend que pour leur ressembler il faut s’écarter de leur manière, pour rester soi-même. Il reconnaît alors de quels écueils était entourée la barque de son ignorance, qui retraçait sur les vagues de la mer de la poésie les mêmes sillons tracés avant par des génies cultivés. En un mot, par l’ignorance, on s’expose, à son insu, à être imitateur ou plagiaire; on n’est jamais sûr d’être original. On a soutenu l’inverse. Qui a raison? Nous ne savons; mais il serait bien de connaître beaucoup tout en restant soi-même.

Quand, à quatorze ans, je vis Pélabon lancé sur la vaste étendue des mers, je m’attendis à lire de fraîches et naïves impressions de voyage. L’imagination est si vive à cet âge, le coup d’œil si prompt et si juste! le cœur si chaud, l’âme si tendre! Mais là n’était point la vocation de Pélabon. La mer qui parle si haut à certaines natures fut muette pour lui. L’univers et ses innombrables et merveilleuses créations arrachent à peine, à de très rares intervalles, un son de sa lyre... C’est que, peut-être, le monde extérieur s’efface devant le sentiment religieux, qui vivifie chez lui un monde intérieur d’où il ne sort jamais entièrement. Il ne devait pas non plus aimer la société des marins cet homme calme, recueilli, pieux..... sans doute; mais qu’importe? Sa mère est veuve, sa mère a quatre enfants... elle ne les nourrit qu’à force de miracles... Il s’embarquera, il sera mousse, novice, tout ce qu’on voudra, pourvu que son abnégation soulage cette pauvre mère et profite à ses frères et sœurs.

Parti encore enfant, il revient, après quelques années de navigation, dans toute la force de la jeunesse. C’est à ce temps que la poésie vient le hanter dans son chantier de voilerie; c’est alors qu’elle féconde dans ce noble cœur les germes précieux qui y sommeillaient; c’est là qu’elle lui donne l’éveil de sa vocation; c’est là qu’il compose d’abord son Chant de l’ouvrier, et quatre ans après Une voix de l’âme, dont nous nous occupons en ce moment. Il ne tarda pas à se marier, au retour de ses excursions maritimes, et cette circonstance n’a pu que fortifier le caractère grave et religieux de ses idées habituelles. A son retour chez lui, il consacre ses heures de loisir à corriger et à modifier ses compositions, écrites au chantier.

La poésie de Pélabon est, en général, douce, simple, modeste, sobre de descriptions; ennemie des grands mots et des longues tirades. Elle ne s’efforce pas de plaire, mais elle touche, sans le vouloir. Elle est pieuse, humble, charitable; elle voudrait endormir et consoler tous les maux de l’humanité.

Mais la critique est en droit de demander si Pélabon mérite bien cette glorieuse dénomination de poète. Son pinceau pourrait être sans doute plus ferme et plus vigoureux et il ferait bien parfois de ne pas habiller sa muse des premières parures que l’inspiration lui envoie. Mais, en somme, Pélabon est vrai dans son style et dans ses sentiments; il peint avec naturel et sobriété, et ses compositions sont souvent pleines de verve. Il est donc poète, dans la meilleure acception du mot, et il ne lui faut que du temps et du travail pour conquérir les suffrages même des plus sévères.

C’est pour rendre hommage à son talent que je cite les deux pièces suivantes: Les Cloches du soir et l’Hirondelle et le Christ, qui, dans un genre différent, lui ont valu des éloges mérités.

LES CLOCHES DU SOIR.