Quand des cloches du soir les gammes argentines
Portent leurs longs accords aux sommets des collines;
Quand mille échos divers se mêlent à ce chœur,
Et que tout à la fois, le continent et l’onde,
Se couvrent du manteau qui dérobe le monde,
Le ciel parle à mon cœur.

Quand des cloches du soir, au sein de ma retraite,
Le marteau sombre et lourd frappe l’heure et répète;
Quand de ma lampe alors s’éclipse la lueur,
Et me montre l’effet d’une pâle lumière,
Qui permet tout au plus de faire une prière,
Le ciel parle à mon cœur.

Quand des cloches du soir les ailes ténébreuses
Font arriver aux cieux des plaintes douloureuses,
Afin de protéger le chrétien qui se meurt,
Ou quand je vois marcher vers l’alcôve rustique,
Un ministre de Dieu portant le viatique,
Le ciel parle à mon cœur.

Quand des cloches du soir les vents poussent dans l’ombre
Le tintement obscur, les syllabes sans nombre;
Lorsque, du rituel l’hymne de la douleur
S’échappe par soupir sur la modeste bière
Du pauvre trépassé qu’on porte au cimetière,
Le ciel parle à mon cœur.

Quand les cloches du soir, vibrant avec ivresse,
Font retentir les airs d’un concert d’allégresse;
Quand le genêt partout exhale son odeur,
Et que, d’un pas pieux, mille jeunes vestales
Marchent en voiles blancs, en robes virginales,
Le ciel parle à mon cœur.

Quand des cloches du soir la salve radieuse
Appelle le chrétien à l’oraison pieuse;
Quand sur l’autel descend la bonté du Seigneur;
Qu’un chant harmonieux retentit sous la voûte,
Et charme, agenouillé, le peuple qui l’écoute,
Le ciel parle à mon cœur.

Mais quand viendra le jour de triste souvenance,
Où les cloches du soir garderont le silence,
N’éprouverai-je plus ce radieux bonheur?
Non, ces claviers d’airain, vibrant à mon oreille,
Devenaient pour mon âme une heureuse merveille,
Un charme inouï pour mon cœur.

L’HIRONDELLE ET LE CHRIST.

Une hirondelle printanière
Cherchait, pour construire son nid,
Une fenêtre hospitalière,
Un toit protecteur et béni;
Parcourait les airs et l’espace;
Mais de voler déjà bien lasse,
Elle se pose sur un bois;
Bois précieux, dont la structure
Lui fut d’un excellent augure;
Du Calvaire c’était la croix!

Le Christ, à son pieux approche,
L’accueillant d’un œil paternel,
Lui fit ce généreux reproche:
«Quand tu cherches, oiseau du ciel,
»Au bas de la voûte azurée,
»Une retraite humble, assurée,
»Pour couvrir ta timidité;
»Pourquoi ne pas chercher l’ombrage,
»La branche courbe et le feuillage
»De l’arbre de l’humanité?