Comme nous descendons lentement!
Le bateau a des ailes, nous volons!
Voici Tourneins! Voici Marmande!
Voici Bordeaux, la ville grande,
Au front doré, aux yeux riants,
A la ceinture de bâtiments!
Oh! mais passons, passons Bordeaux l’ensorceleur;
Grandes villes, grands ponts qui vous dressez partout
Aujourd’hui, sur mon chemin, je passe comme l’éclair;
On ne s’arrête pas quand Paris est au bout.
D’un autre jour voici l’aurore....
Devant moi quelque chose luit!
Que de maisons! que de clochers!
Oh! bon Dieu! quelle ville! oh! bon Dieu! comme elle grandit!
Une foule en sort, l’autre s’y précipite;
Sainte Croix! épargnons la vie!
C’est Paris!... je suis dans Paris.
8 MAI.
II
Oh! bon Dieu! dans Paris comme la vie se hâte!
Pourtant on y voit le double; en allumant le vent
On fait de la nuit un autre jour radieux.
Que de monde! quel bruit! voilà demi-semaine
Que la foule m’entraîne où elle court
Et que je me perds chaque jour.
Eh bien! laissons-nous faire! que la foule m’entraîne!
Perdons-nous!—Oui, aussi ma journée se perd;
Et le temps que je voudrais nonchalant
Marche sur un chemin de fer;
Il ne laisse point respirer mon âme;
Et j’en ai besoin cependant: au pays qui m’est cher
J’ai promis à noble dame
De lui peindre ce que je verrai.
Eh bien, ne nous perdons plus! A commencer d’aujourd’hui
Cherchons d’abord la maison où nos rois demeurent.
C’est difficile; ici tout est maison de roi!
Je ne vois que palais que des franges décorent;
Les murs semblent d’or; ici, là-bas, de l’autre bord,
L’or éclate partout, l’or grimpe dans les rues
Jusque sur les toitures bleuâtres.
Qu’ai-je vu? des soldats; un château, des statues;
Des rois voici donc le palais!
Mais celui-là est sombre et fait noire figure;
Oh! c’est que celui-là n’a pas besoin d’or sur ses murailles,
Car il a la gloire pour dorure,
Et surtout depuis qu’il logea l’empereur!
L’empereur!... Voilà donc le palais où il demeurait!
C’est ici qu’il prenait son tonnerre allumé,
Quand, sur son cheval blanc, fièrement il allait
Frapper les rois orgueilleux qui nous avaient manqué.
L’empereur! l’empereur! oh! que je me sens l’envie
De parler de lui aujourd’hui!.... Si je connaissais quelqu’un
Dans ce bois rempli de monde qui prend l’air,
Ou dans ce jardin où la foule se promène;—
J’ai passé, repassé; je ne connais personne;
Pas un seul Agenais; la foule est presque muette;
Personne ne se touche la main; personne ne se salue.