Quel beau monde cependant! que Paris est élégant!
Sans doute ici il n’y a pas de pauvres;
Tout est dame, tout est monsieur;
Chaque jour est dimanche, et sous ces arbres
Qu’il fait beau près de ces bassins!
Comme mon sang se rafraîchit
A l’ombre de ces charmilles!
Et sur cette place quel joli coup d’œil!
Des fontaines, des jets d’eau; que c’est beau!
De l’eau qui tombe en nappes et remonte en lames!
Des géants aux cheveux d’or d’où dégoutte l’argent;
Des statues à l’entour sur des roches assises;
Sur un grand piédestal brillant
Une pierre dressée en colosse pointu,
De grands candélabres d’or à cent branches feuillues;
Devant, à gauche, à droite, la foule par milliers;
O pays de miracle! ô ville de sorciers!
Cela m’est égal que personne ne me parle, ne me réponde,
Restons seul au milieu du monde!
Je veux voir où il me conduira;
Perdons-nous encore aujourd’hui;—mais je me suis perdu déjà!
Je ne me reconnais plus;....—qu’est-ce qui s’élève?
Une statue en bronze, un homme tout près du ciel,
Redingote grise, petit chapeau:
C’est notre Empereur! c’est Bonaparte!
Encore lui ici! toujours lui!
Qu’il va bien près du soleil!
Il est là comme s’il était à la tête de son armée;
On dirait qu’il attend la canonnade....
Ne sont-ce pas là de bien belles impressions de voyages; sans fard comme sans enluminure? Comme tout y est vif, leste, naturel et vrai! N’y a-t-il pas aussi de la sublimité dans ces lignes si simples:
Une statue de bronze, un homme tout près du ciel....
. . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . .
......Il va bien près du soleil?
La poésie ne consisterait donc pas dans les vers? A ce compte, les plus grands poètes pourraient bien n’avoir écrit qu’en prose.
Jasmin contemplant la grande capitale sous ses aspects les plus imposants vient de nous peindre les idées, les images, les sentiments dont elle a peuplé son imagination et son cœur. C’est comme un panorama mobile où la succession des objets s’embellit des nuances les plus délicates de l’esprit le plus subtil et le plus pénétrant. A ce vaste tableau extérieur nous opposerons un tout petit tableau d’intérieur, capricieusement dessiné à propos de l’envoi de cahiers de papier fin, qu’on lui adressait pour copier Françounetto. Le fait est peu émouvant, il faut l’avouer; mais les poètes n’ont-ils pas un talisman comme les magiciens? Voyons donc ce que devient ce papier fin sous le talisman de Jasmin:
A MONSIEUR FONTÈS.
DIRECTEUR DES CONTRIBUTIONS DIRECTES,
Qui venait de m’envoyer du papier fin pour copier FRANÇONNETTE.
MARS 1840.
Maintenant que j’ai fini Françonnette,
Que je n’ai plus qu’à la débarbouiller,
Pour qu’elle soit, en sortant demain,
Sinon jolie, du moins nette;
Vous m’envoyez, vous, Monsieur, pour lui faire sa petite robe,
Papier joli, luisant, choisi de votre main.
Oh! quel plaisir pour moi! le grand joueur de banque
Voit la fortune qui lui rit,
Si une bonne main, noire ou blanche,
Lui effleure un peu les cartes dans ses doigts.
Ainsi, votre papier, je le vois,
Me va porter bonheur cette année;
Que voulez-vous? j’ai plaisir de le croire et je le crois.