Ces bruits, ces chants, ces cris de la foule empressée,
Où pas un œil ami ne s’arrêtait sur moi,
D’un lourd penser d’exil oppressaient ma pensée
Et me glaçaient d’un vain effroi.

Alors, ô mon pays, rêveuse et désolée,
Loin de ces inconnus je courais me cacher,
Pour songer doucement à ta fraîche vallée,
A tes bois, à ton vieux clocher.

Il me semblait revoir ce castel solitaire,
Qui dort sombre et muet sur tes côteaux fleuris,
Et qui, puissant jadis, sous ton toit séculaire
Abrita le saint roi Louis.

Et mon cœur bondissait!—pourtant, ô ma patrie!
Jamais tu n’eus pour moi ni fêtes ni plaisirs;
Mais le doux souvenir de ma mère chérie
Parfumait tous mes souvenirs.

La Flèche, ah! si jamais, à mes désirs contraire,
Le destin, loin de toi, m’entraînait quelque jour,
Pour consoler mon cœur sur la terre étrangère,
Garde, ah! garde-moi ton amour!

Je ne demande rien à l’aveugle fortune;
Mon front de fiers lauriers ne s’est point ombragé;
La gloire me fait peur, le faste m’importune;
Je ne veux rien que ce que j’ai.

Mais quand la mort viendra, céleste messagère,
M’emporter, libre enfin, vers un monde nouveau,
Qu’on dépose ma cendre où le sort tutélaire
Posa mon fragile berceau....
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On le voit, la vie de mademoiselle Carpentier ne présente qu’une physionomie monotone; le grand événement qui l’a marquée a été son voyage à Paris. Mais nous disons tant mieux avec l’excellent M. Primrose[T], cet ami du foyer domestique, dont toutes les émigrations s’étaient bornées à passer, dans sa maison, de la chambre bleue à la chambre rose, et nous répéterions volontiers aussi, avec les voyageurs aux pays lointains, désenchantés, au retour, ces vers d’un charmant poète français, Léonard:

Quel fol espoir trompait mes vœux
Dans cette course vagabonde!
Le bonheur ne court pas le monde;
Il faut vivre où l’on est heureux.

Comme Élise Moreau, comme Marie Laure, mademoiselle Carpantier doit presque tout à la nature. Ses dispositions précoces pour la poésie lui valurent les plus vives sympathies. L’étude vint ensuite les développer; mais ce fut l’étude individuelle, l’étude telle qu’elle a été pratiquée par nos poètes artisans, l’étude sans maître.