L’auteur des Préludes a composé son recueil de pièces assez différentes de forme, de ton, de couleur et de sentiment. La critique sévère y reprendra des alliances de mots et des rimes usées, et réclamera moins d’abondance et de facilité. Mais ce sont là des taches légères. Mademoiselle Carpentier excelle dans les tableaux sombres ou sauvages; son pinceau, tout viril alors, nous transporte par sa touche énergique et fière. Nous citerons, en ce genre, Une création de Satan, et surtout Indépendance, dont les cinq dernières strophes resteront dans la mémoire des littérateurs.

JOSEPH-LAFON LABATUT,
De Messine.

Quand l’homme plie sous l’adversité, il interroge le ciel de son passé pour y retrouver une étoile amie. Ce ciel est souvent couvert, mais pour Labatut ce ciel était clair et serein, et l’étoile amie y brillait d’un vif éclat. C’est que cet homme, ancien soldat, avait toute la chaleur d’âme de ses pareils; il croyait à la constance de l’amitié, parce qu’il l’éprouvait lui-même.

Lafon Labatut, originaire du Bugue, petite ville en Périgord, avait épousé à Messine, après beaucoup de traverses, une jeune sicilienne d’une éclatante beauté. Il revenait en France, sur un vaisseau de la marine anglaise, avec sa femme et Joseph, alors âgé de cinq ans; mais la jeune femme, atteinte de la peste, était morte à Gilbraltar.

Après ce coup terrible, il débarqua à Calais, avec son enfant qu’il traînait et portait tour à tour, et se dirigea vers Paris, où il espérait retrouver un ami d’enfance, M. Pelissier, qu’il savait occupé auprès de M. Raynouard, le secrétaire perpétuel de l’Académie française. Cette espérance qui l’avait soutenu pendant ce pénible voyage devait se réaliser; il rencontrait la fin de ses fatigues à Passy, dans la maison de campagne de l’auteur des Templiers.

Le pauvre soldat et son enfant, après quelques jours de repos, se mirent en marche pour leur pays. Labatut trouva sa mère morte, et son père ne tarda pas à la rejoindre. Lui-même succomba à ses chagrins peu d’années après.