Vous fuyez!... avec vous ma fragile jeunesse,
Sans avoir pu fleurir et porter de doux fruits,
Sans troubler du Léthé l’oublieuse paresse,
Dans ses flots nébuleux va se perdre sans bruits!
Ralentissez vos pas, que je me sente vivre;
Enfant d’un doux soleil, laissez-vous attendrir!
De ma vie assez tôt se fermera le livre.
Si jeune, j’aime encore et ne veux pas mourir!
Mais le trait caractéristique de son talent, c’est l’abondance de la pensée mise en relief par une forme vive et pittoresque:
La Vie, a dit Pindare, est le rêve d’une ombre.
Avec la pauvreté, ce rêve est froid et sombre,
Même lorsque l’étude échauffe notre cœur:
Pauvres, que sommes-nous? Un zéro sans valeur.
Pour les cœurs pleins des feux d’une sublime fièvre,
Il n’est plus de Mécène, il n’est plus de Penthièvre:
Les talents malheureux sont partout méconnus,
S’ils ne savent flatter d’insolents parvenus;
Car, hélas! pour prouver qu’on n’est pas sans mérite,
Il faudrait d’un seul jet faire une œuvre d’élite.
On est jeune.... qu’importe! Eh! qu’étiez-vous, pédants,
Quand vous n’aviez aussi que vingt et quelques ans?
Quoi de sublime en vous pouvait alors surprendre?
Mais l’auteur de Cinna l’est aussi de Clitandre....
Jeune ami, voilà l’homme en son état normal.
Essaie à démêler le bien avec le mal;
Je n’ai point de conseils à te donner à suivre;
Mais, en lisant ces vers, tu peux apprendre à vivre.
Conseiller est un droit qu’il nous faut acheter.
Qu’un Mécène conseille, on aime à l’écouter;
Le moindre de ses mots est pour nous un oracle;
Plein de reconnaissance, il n’est aucun obstacle
Qui nous puisse acquitter; car on croit, en ce jour,
Acquitter une dette et d’honneur et d’amour.
Un mot est bien souvent la clef d’une satire,
Et ce mot, bon Eugène, essayons de le dire:
Pour croire à la vertu, quand le cœur reste froid,
Il faut le voir de près et le toucher du doigt.
L’homme est toujours enclin, quand le malheur l’opprime,
A l’incrédulité de l’apôtre Dydime;
Car, trompé si souvent, il craint de l’être encor;
Le doute est quelquefois un utile mentor.
Gonzalle a été très varié dans ses poésies, mais sans parti pris à l’avance, et l’inspiration se fait sentir au même degré dans les morceaux les plus opposés.
Nous donnerons comme dernière citation la pièce de vers intitulée: Une salle d’asile à Reims, parce qu’elle a quelque rapport avec le sujet principal de notre livre:
UNE SALLE D’ASILE A REIMS.
A Madame Poisson.
Entrez dans cet asile où de la charité
Dans son plus vif éclat brille la pureté;
Où de son tendre amour la douce bienfaisance
Vient en aide au malheur et protége l’enfance.