Dans ce traité, Jacques Sylvius, un des hommes les plus érudits de son temps, a présenté, pour la première fois, des artifices très-ingénieux mais peu pratiques, pour bien faire comprendre aux latinistes, c’est-à-dire à tous les étrangers instruits, auxquels il se propose d’apprendre le français, le mécanisme de la prononciation. Avec un certain nombre d’accents ^, ̄ , ̑ , ´, `, il détermine la valeur phonique des voyelles digrammes, mal dénommées sous le nom de diphthongues, ai, ei, oi, au, eu, ou. Il écrit ĉeu-al[‡] de caballus, čeûr, meũrt, limac͌on. Nous avons vu Geofroy Tory, aussi habile artiste que savant typographe, remplacer ce dernier signe par l’emploi de la cédille, qui, placée sous le c, ne défigure en rien l’aspect de nos impressions.
| [‡] | ĉ représente ici le signe | |
| č représente le signe | ||
| ũ représente le signe | ||
| c͌ représente le signe |
Sylvius distingue le j consonne de l’i voyelle, et le v de l’u, ce qui n’est pas un faible mérite, puisque cette confusion a duré près de deux siècles après lui, et n’a cessé qu’après avoir été adoptée par les Hollandais[127].
[127] Voyez la Préface de Corneille, dans la grande édition qu’il a donnée de ses œuvres en 1664, et reproduite ci-dessus, p. [125].
Dubois fut un des précurseurs de la philologie moderne. Son chapitre de l’étymologie contient une foule d’excellentes observations sur les mutations des lettres latines en lettres françaises et sur la dérivation de nos vocables. On comprend que, par suite de ces recherches, son orthographe soit plus étymologique que celle d’une grande partie des auteurs de son époque. L’usage judicieux qu’il a fait du patois picard donne à sa méthode un grand intérêt historique.
Étienne Dolet. La maniere de bien traduire d’une langue en aultre, de la ponctuation françoyse, des accens d’ycelle, s. l. n. d. (1540), in-8 de 20 ff. (Souvent réimprimé.)
Les imprimeurs ont été de tout temps émus plus que d’autres des vices de l’écriture française et désireux d’y apporter remède. Étienne Dolet, imprimeur de Lyon, helléniste et latiniste consommé, préparait depuis plusieurs années, sous le titre de l’Orateur, un traité complet de la langue, de l’orthographe et de la poésie françaises. Sa fin déplorable l’empêcha de le mettre au jour. Dans plusieurs de ses éditions, et notamment dans l’opuscule que je cite, il put du moins compléter en partie les perfectionnements apportés quelque temps auparavant par Geofroy Tory.
Nous devons à Dolet d’avoir inauguré l’usage de l’accent grave sur à préposition, là adverbe. L’apocope ^ qu’il propose, particulièrement en poésie, dans les mots mani^ment pour maniement, lai^rra, pai^rra, vrai^ment, hardi^ment, est le premier germe de notre accent circonflexe, dont l’emploi, tardif en grammaire, pourrait être étendu avec tant d’avantages.
Il a enseigné l’usage du tréma: païs, poëte, sans en faire précisément la même application que de nos jours.
Il ne veut pas, devançant ainsi une réforme qui ne s’est généralisée que deux siècles plus tard, qu’on écrive des dignitez, des voluptez, mais bien dignités, voluptés, réservant la lettre z pour la terminaison de la seconde personne du pluriel des verbes. Il rétablit le t au pluriel des mots terminés en ant, et complète cette judicieuse réforme en écrivant touts (omnes).