On voit par cette citation que Robert, laudator temporis acti, et chez qui l’usage de la langue grecque et latine se confondait avec celui du français, n’éprouvait pas plus que la plupart de ses contemporains le besoin de l’uniformité orthographique.
Louis Meigret. Traité touchant le commun usage de l’escriture francoise; auquel est debattu des faultes et abus en la vraye et ancienne puissance des letres. Auecq priuilege de la court (de 1542). Paris, Jeanne de Marnef, 1545, in-8 de 64 ff. non chiff.—Le Trette de la Grammaire françoeze. Paris, Wechel, 1550, in-4 de 144 ff.—Guillaume des Autels. Traité touchant l’ancien ortographe françois et écriture de la langue françoise, contre l’ortographe des Meygretistes, par Glaumalis de Vezelet. Lyon, 1548, in-8 et 1549, in-16.—Defenses de Louis Meigret, touchant son livre de l’ortographe françoise, contre les censures et calomnies de Glaumalis de Vezelet (Guillaume des Autels) et ses adherans. Paris, Wechel, 1550, in-4 de 18 ff.; Lyon, 1550, in-8.—Replique de Guillaume des Autelz aux furieuses defenses de Louis Meigret. Lyon, Iean de Tournes et Guill. Gazeau, 1551, pet. in-8 de 127 pp. (La Replique finit à la p. 74.)—Réponse à la dézesperée replique de Glaumalis de Vezelet, transformé en Gyllaome des Aotels. Paris, 1551, in-4 de 95 pp.
Meigret est un de ces esprits rigides qui n’admettent pas de compromis entre la configuration étymologique et la configuration de la prolation, comme on disait de son temps. Contrairement à l’école toute-puissante des érudits de la Renaissance, il annonce qu’il a travaillé pour le commun peuple.
«Ie ne voy point, dit-il, de moyen suffisant ny raisonnable excuse pour conseruer la façon que nous auons d’escrire en la langue françoyse... Notre écriture, pour la confusion et commun abus des letres, ne quadre point entierement à la prononciation.
«Les voix, ajoute-t-il, sont les elemens de la prononciation, et les letres les marques ou notes des elemens..... Puisque les letres ne sont qu’images de voix, l’escriture deura estre d’autant de letres que la prononciation requiert de voix; si elle se trouve autre, elle est faulse, abusiue et damnable.»
Meigret a proposé d’excellentes simplifications que l’usage a sanctionées pour quelques-unes, comme l’emploi de ç qu’il emprunte, dit-il, aux Espagnols[129], la suppression du g dans les mots où il n’est pas prononcé, tels que cognoistre, ung, besoing, etc., où il n’était qu’un signe orthographique usité au siècle précédent pour indiquer la nasalité. Il biffe le d de advenir, advisé. Il veut qu’on écrive dit, fait, et non dict, faict; bete, fete et non beste, feste.
[129] Voir plus haut, p. [177], l’article de Geofroy Tory.
D’autres modifications qu’il a proposées n’ont pas prévalu, ce qui est regrettable pour quelques-unes, telles que dixion ou diccion, au lieu de diction; manifestacion, annonciacion, etc.; le n à jambage pour gn mouillé.
Il ne se fait pas illusion sur les chances de succès de sa réforme:
«La plus part de nous, François, usent de cette superfluité de letres plus POUR PARER LEUR ESCRITURE que pour opinion qu’ilz ayent qu’elles y soient necesseres... sans avoir égard si la lecture, pour laquelle elle est principallement inuentée, en sera facile et aisée. I’ose bien d’auantage asseurer que c’est bien l’vne des principales causes pour laquelle ie n’espère pas iamès, ou pour le moins il sera bien dificile, que la superfluité de letres soit quelquefois corrigée, quoy qu’il s’ensuyue espargne de papier, de plume et de temps, et finablement facilité et aisance de lecture à toutes nations.»