«I’approuve et loue grandement les raisons de ceux qui ont voulu reformer l’orthographie. Mais voyant que telle nouueauté desplaist aux doctes comme aux indoctes, i’aime beaucoup mieux louer leur inuention que de la suyure, pource que ie ne fay pas imprimer mes œuures en intention qu’ilz seruent de cornetz aux apothiquaires ou qu’on les employe à quelque autre plus vil mestier.»

Jacques Pelletier, du Mans. Dialoguę[131] dȩ l’Ortografę e Prononciation Franço̱esę, departì an deus liuręs. A Poitiers, par Ian e Enguilbert dę Marnef, a l’anseignę du Pelican, 1550 (privil. de 1547), pet. in-8 de VIII ff. et 216 pp.[132]; Lyon, Iean de Tournes, 1555, pet. in-8 de IV et 136 ff.—L’Art poëtiquę, departì an deus liuręs. Lyon, Iean de Tournes, 1555, in-8, de 118 pp.

[131] L’e muet, que nous figurons ici avec une cédille, est représenté dans ce volume par un e barré.

[132] Les 37 premières pages sont consacrées à une Apologie à Louis Meigret Lionnoes, datée de Poitiers le 5 janvier 1549. Pelletier, sans partager en tout l’opinion de Meigret, se montre très-favorable à sa réforme. Cet opuscule lui a valu la Reponse de L. Meigret à l’apologie de Iacques Pelletier. Paris, Wechel, 1550, in-4 de 10 ff.

Le petit volume de Pelletier est intéressant et instructif. La forme d’entretiens, qu’il a adoptée, où chacun de ses interlocuteurs, Jean Martin, Denys Sauvage, Théodore de Bèze, le seigneur Dauron, combat ou défend, avec clarté et une parfaite bonne foi, la réforme orthographique de l’auteur, nous permet de juger quelles étaient, à l’époque de la Renaissance, les idées des hommes instruits sur l’écriture française et ses principes; et, bien que les systèmes plus ou moins absolus de Sylvius, de Meigret, de Pelletier, de Baïf, n’aient point été adoptés, on se félicite de voir tout le chemin que depuis le seizième siècle l’écriture a fait pour se rapprocher de la prononciation.

On écrivait par exemple, comme nous le voyons dans l’ouvrage de Pelletier, soubcontrerolleur, que nous écrivons aujourd’hui sous-contrôleur, et que nous pourrions écrire soucontrôleur, comme nous écrivons soutenement, soucoupe, etc. On prononçait sou, mou, cou, pou, et l’on écrivait sol, mol, col, pol. Bien qu’on prononçât dîne ti, ira ti, on écrivait dîne il, ira il. Nous avons fait depuis ce temps un commencement de retour à la forme primitive du présent de l’indicatif en écrivant dîne-t-il, ira-t-il.

Pelletier supprimait les lettres étymologiques de provenance grecque et écrivait teologie, teze, filosofie, cretien, etc.

L’écriture figurative de la parole proposée par Pelletier ayant, comme celle des autres réformateurs de son époque, l’inconvénient de donner un aspect étrange et désagréable à l’impression, ne fut accueillie ni par les gens de cour ni par les imprimeurs.

Joachimi Perionii benedictini cormœriaceni Dialogorum de linguæ gallicæ origine, eiusque cum græca cognatione, libri quatuor. Parisiis, apud Sebastianum Niuellium, 1555, in-8, de XXXVI et 149 ff.

Périon a écrit en latin un ouvrage dont le plan a beaucoup d’analogie avec la Conformité du language françois avec le grec de Henri Estienne. La recherche des étymologies et d’une parenté chimérique avec le grec l’a beaucoup plus occupé que le perfectionnement de l’écriture de son temps, surchargée, comme on sait, d’une si grande quantité de lettres superflues. Étranger, aussi bien que ses contemporains, à l’exception de Sylvius, à toute critique philologique, il admet, au milieu de judicieuses découvertes, des explications qui feraient sourire à bon droit les linguistes de nos jours.