Ainsi il est plus latiniste et helléniste en orthographe française qu’aucun de ses émules. Il écrit achapter (acheter), acouter (ἀκούειν), præteur (prætor), pœne (peine, de pœna), sœur (soror), pour distinguer ce mot de seur (sûr, securus), aglanthier (églantier, de ἄκανθα), basme (baume, de balsamum), contendents, coulteau (cultellus), droëct (jus), hostruche (autruche, de ὁ στρουθός). Il recommande même onnyon (oignon, de κρομμυών), egraphigner (égratigner), grephyer (greffier), thuer (occire, de θύειν ), etc.

La direction exclusivement hellénique de son travail, qui l’entraîne à ne tenir aucun compte de la provenance germanique ou celtique, ou même de la basse latinité, l’amène à écrire buthyner (de βουθυνεῖν), au lieu de butiner, de l’ancien allemand büte, büten; mokker, de μωκκάσθαι, tandis qu’on a découvert en gallois le radical celtique moc, d’où moquerie; gambe et gambon (jambe, jambon) de καμπή, au lieu du celtique (en écossais, gamban, en irlandais, gambun); Ianthil homme, dont l’étymologie gentilis était pourtant si claire; enfin non cheillant (de νωχελής), au lieu de l’ancien verbe chaloir, qui nous a laissé cette locution: Il ne m’en chaut.

Périon nous offre un curieux exemple des inconvénients de la méthode étymologique poursuivie inconsidérément et à outrance en matière d’orthographe.

Il propose de supprimer l’s dans hoste, et voudrait que la lettre a remplaçât la lettre e partout où e se prononce a, attendu, dit-il, qu’il n’y a que les sapientes qui sachent qu’il faut écrire science ce qui se prononce sciance. Il voit avec peine les savants écrire escrivents, oïents et proueoents (scribentes, audientes, providentes), tandis que certains participes sont écrits par a.

Il admet les accents sur les voyelles, mais il en fait un emploi différent de celui auquel l’usage s’est fixé. Il se sert de l’accent circonflexe, avec d’autres savants du seizième siècle que je cite, devançant ainsi les grammairiens de près d’un siècle et demi. Il écrit aîse, boúrgois (civis) et bourgoîse, françoîse (française), croîstre et cognoîstre.

Jehan Garnier. Institutio gallicæ linguæ ad usum juventutis germanicæ, ad illustrissimos juniores principes landtgravios Hæssiæ conscripta. Authore Ioan. Garnerio. Marpurgi Hæssorum, ap. Io. Crispinum, 1558, pet. in-8.

M. Ch.-L. Livet a donné une analyse très-étendue de ce livre dans son ouvrage intitulé: La Grammaire française et les Grammairiens au XVIe siècle[133]. Garnier, dans ce traité très-utile pour l’histoire des variations de l’orthographe, se plaint amèrement des lettres étymologiques inutiles et du contraste de l’écriture avec la prononciation, ce qui répugne aux étrangers et à tout lecteur: «Quod tædiosum valde molestumque fuit lectoribus; atque linguam ipsam odiosam et difficilem omnibus peregrinis reddidit. Siquidem merito omnes conquerentur, et ab ejus lectione abhorrent quod aliter scribamus, aliter vero pronuntiemus.»

[133] Paris, Auguste Durand, 1859, in-8.

Jean Pillot. Gallicæ linguæ institutio, latino sermone conscripta, per Ioannem Pilotum, barrensem. Parisiis, apud A. Wechelum, seu Steph. Groulleau, 1561 (privil. de 1557), pet. in-8, de 268 pp. et 2 ff. (Souvent réimprimé.)

L’ouvrage de Pillot, analysé avec soin par M. Livet, p. 270 de son livre cité page 190, n’est utile que pour la constatation de l’écriture et de l’orthographe à la fin du XVIe siècle. L’abus des lettres majuscules était devenu tel que Pillot, voulant régler leur emploi, l’étend au point qu’il aurait mieux fait d’énumérer les mots qui devraient n’en pas prendre.