Quoique Henri Estienne, fils de Robert, par la disposition hellénique de son esprit[137] et sous l’influence de ses études, ait en général rapproché l’orthographe française de l’orthographe grecque, il reconnaît la nécessité de simplifier notre écriture. Dans son Traité de la conformité du language françois avec le grec, p. 159, il termine ainsi l’avis au lecteur:

[137] Son père lui fit apprendre le grec avant le latin.

«I’ay aussi vn mot à dire touchant l’orthographe de ce liure: c’est que ie ne l’approuue pas du tout comme elle est: ains que ma deliberation estoit de faire tailler quelques poinçons expres pour les lettres superflues quant à la prononciation, et toutesfois characteristiques. Mais ayant eu le temps trop court pour ce faire, i’ay remis telle entreprise iusques à l’autre liure françois promis ci-dessus: lequel surpassera ma promesse... s’il plaist à Dieu me prester la vie encores quelques mois.»

La multiplicité des travaux de Henri lui aura fait ajourner ce projet, car toute trace de ce passage a disparu dans les réimpressions de ce livre. Je le regrette, car je ne doute pas qu’il ne s’agisse ici de modifier le ch, ph, th, st helléniques, qu’il eût ramenés à des formes simples comme χ, φ, θ, ς.

Ce docte imprimeur a compris, mieux qu’on ne l’a fait de son temps, le mode de formation des mots que le français emprunte aux langues anciennes. Il a bien vu que blâmer et blasphémer sont un même mot βλασφημεῖν, l’un sous sa forme française, l’autre sous la forme grecque.

Bien qu’il ait fixé l’origine des mots suivants, il admet par renvoi seulement l’orthographe rigoureusement étymologique ainsi indiquée par lui dans la troisième colonne:

caresserde χαρίζεσθαιcharesser
céduleσχέδηschédule
cerfeuilχαιρέφυλλονcherfueil
chicoréeκιχώριονcichorée
esquinancieσυνάγκηsquinancie
dyssenterieδυσεντερίαdysentérie[138]
migrainehaêmikraniahémicranie
orthographeὀρθογραφίαorthographie
fioleφιάληphiole
seringueσύριγξsyringue
rimeῥύθμος{rhythme
qu’il écrit rythme
autruche[139]ὁ στρουθόςostruche
sciatique[140]ἰσχιάςischiatique

[138] C’est ainsi que ce mot devrait être écrit.

[139] Il écrit avec raison ostruche, ὁ στρουθός. Il écrit troter, raptasser, qu’il fait venir de ῥάπτειν; utilisant le z, il écrit gargarizer, ozeille, pezer, pindarizer, riz; il écrit mistère sans y, et sifler, que l’étymologie erronée qu’il invoque, σιφλοῦν aurait dû lui faire écrire avec ph.

[140] Il blâme dans cette orthographe la suppression, à contre-sens, de l’i.