Dans les mots dérivés du latin, il propose la suppression de certaines lettres muettes, abusivement employées de son temps sous couleur d’étymologie. Telles sont l dans chevaulx, animaulx, aulcun, maulx. «Notre au, dit-il, tient lieu du al primitif. Mais il faut conserver cet l dans coulpe (culpa), poulpe (aujourd’hui pulpe, de pulpa).» Comme Ronsard et autres, il écrit aureilles.
On voit par ces exemples quel esprit de sage critique et de fine observation philologique avait su déployer déjà le savant helléniste typographe qui nous a laissé, dans ses Dialogues du nouveau langage françois italianizé, un document si curieux pour l’histoire du français et un si brillant témoignage d’une érudition spirituelle et de bon aloi.
Jean-Antoine de Baïf. Etrénes de poézie fransoęze an vęrs mezurés. Paris, Denys du Val, 1574, pet. in-4, de 16 ff. non chiff. et 20 ff. chiff.
L’insuccès de ses devanciers ne rebuta pas ce poëte. Dans son système de l’orthographe il est plus novateur que Ramus, auquel il n’emprunte que ses lettres avec cédille (c, l, n). Il distingue trois e: bref (muet), long (ouvert), qu’il figure par un e avec cédille[141], et commun (fermé) représenté par un e avec une apostrophe. Partant du principe que chaque son devrait être représenté par un signe particulier, il substitue aux diphthongues ou triphthongues œu ou eu, ou et au et eau, de nouveaux caractères inventés par lui. Le premier est un e dont le trait se prolonge de manière à former un v; le second ressemble au ȣ grec[142]; le troisième n’est que la lettre a modifiée de la même façon que l’e dans le cas précédent. Le c dur est remplacé par le k, et les consonnes h muet, q et x sont proscrites comme inutiles. Il est supérieur à Ramus en ce qu’il remplace partout em, en, par an. Il supprime comme lui les lettres doubles qui ne se prononcent pas; mais, pour les syllabes finales, il est moins phonographe que Ramus, et, sans faire, comme lui, disparaître la marque du pluriel, il se borne à remplacer l’e muet final par une apostrophe, lorsque le mot suivant commence par une voyelle. Ce qu’il y a de curieux dans son système, c’est qu’il écrit d’un seul mot les adverbes composés de plusieurs membres, mais exprimant une seule idée, comme ojȣrdui (aujourd’hui), tȣdemème (tout de même), tȣtalantȣr (tout à l’entour), sansèsse (sans cesse).
[141] Notre diphthongue ai est considérée par lui comme e long.
[142] Dans les idées phonographiques c’est une heureuse innovation. La voyelle que nous faisons figurer par le double signe ou, et qui n’est qu’un son simple, est représentée dans toutes les langues de l’Europe, excepté le grec, par un seul signe.
Il écrit duk d’Alanson, egzakte ekriture, élémans, anploiér, komansant.
A la fin de sa préface, il promet au lecteur un Avęrtisemant tant sur la prononsiasion fransoęze[143] ke sur l’art métrik, qui n’a point paru.
[143] A son époque l’oi se prononçait comme oè.
Honorat Rambaud, maistre d’eschole à Marseille. La declaration des abus que l’on commet en escriuant, et le moyen de les euiter et representer nayuement les paroles: ce que iamais homme n’a faict. Lyon, Iean de Tournes, 1578, pet. in-8, de 351 pp.