A la suite de son Traité du ris, p. 376, Laurent Joubert a inséré un Dialogue sur la cacographie fransaize expliquant la cause de sa corruption. Les deux antre-parleurs (sic) sont Fransais et Wolffgang. Voici un spécimen de leurs propos qui donnera une idée de l’orthographe du savant docteur:
«Fransais..... Il y a ha defaut à ne pouvoir, ou ne savoir represanter par ecrit ce qu’on prononce; il y a ha du dommage bien grand, pour ceus qui veulet apprandre ce langage: d’autant qu’il leur faut à chaque mot une observacion, de savoir dissimuler quelques lettres an prononsant, lèquelles on ne veut toutesfois permettre ætre omises de l’ecrivain.
«Wolffgang. J’an ay eté an fort grand’peine, l’espace de sis ans, durant lequel tams j’ay merveilleusemant travalhé à comprandre la droite prolacion de ce langage, pour ansegner par apres les miens avec plus grande facilité. Car il y a ha plusieurs Alemans qui vienet an France expressemant pour apprandre sa langue: lèquels voyans l’ecriture si repugnante au parler, s’an degoutet, & perdet courage d’y proufiter, sinon par trop long tams. Car ils voyet qu’il faut oblier l’ecriture pour la bien prononcer, & la prolacion pour ecrire à la mode des Fransais. A cause dequoy certains princes d’Alemagne m’ont donné charge d’essayer à comprandre exactemant ce langage, pour le savoir par apres communiquer aus leurs, & an parlant, & an ecrivant, ainsi qu’il le faut prononcer. Et pource j’ay meprisé tous livres ecris an fransais, & me suis contraint d’apprandre le langage, an conversant familieremant avec ceus qui parlet mieus, observant træ-sogneusemant la vraye prolacion. De laquelle m’etant bien assuré, j’ay commancé d’exprimer par ecrit le naïf parler du fransais: de sorte que (à mon avis) le plus nouveau & etrangier, qui sache lire an latin, ou an autre langage de ceus qui uset de semblables lettres, il le prononcera dans peu de jours, aussi bien que moy. Ainsi j’espere de contanter ceus de ma nacion, qui attandet ce bien de moy: & par mæme moyen feray satisfaccion à la Fransaise, laquelle se peut plaindre que l’Alemande a causé la corrupcion de son ecriture.»
A la page 390 de ce volume, Christophe de Beauchatel, neveu et disciple de Joubert, a résumé ainsi «l’orthographie» de son maître:
«Premieremant il tient cette maxime qu’il faut ecrire tout ainsi que l’on parle et prononce, comme il èt trè-bien remontré an l’Apologie de son orthographie par Isaac, son fils ainé.
«..... M. Ioubert difere de ses predecesseurs, an ce principalemant qu’il ne change pas de lettres, qu’il ne tranche les siennes, ne les charge d’acsans, ne les marque de crocs, autremant que fait le commun: dont sa lettre èt fort courante et ne retarde point le lecteur.»
Claudii Sancto a Vinculo de Pronuntiatione linguæ gallicæ libri II, ad illustrissimam simulque doctissimam Elizabetham,Anglorum Reginam. Londini, excud. Th. Vautrollerius, 1580, in-8, de 199 pp.
L’auteur de cette grammaire, Claude de Saint-Lien (a Vinculo), professeur de latin et de français à Londres, raconte qu’ayant été admis auprès d’Élisabeth, à Lewsham (cum tu nuper Lewshamiæ rusticareris), il l’entendit dans la conversation qu’il eut avec elle parler très-bien français. Il croit donc devoir lui dédier son Traité de l’orthographe, et prie la reine d’excuser sa hardiesse, en lui rappelant des souvenirs tirés de l’histoire ancienne.
Parmi les difficultés de l’orthographe, il cite surtout celle qui résulte de l’emploi du s au milieu des mots, difficulté que l’Académie fit cesser cent soixante ans après dans la troisième édition en supprimant les s parasites. Voici comment il s’exprime à ce sujet: «Quam crucem hæc litera fixerit auditorum animis, noverunt qui nostræ linguæ operam dederint.» Tels sont, comme exemple: désastre et folastre, etc.
Il signale surtout le grand nombre de lettres inutiles qui surchargent les mots et qui ne se prononcent pas. Aussi, pour faciliter la lecture et la prononciation, il place sous toute lettre inutile un point qui signale cette superfluité. Il écrit donc ainsi: