Andrieux, Villemain, de Féletz, Campenon, Lacretelle, Étienne, Arnault, etc., pour tout ce qui tient à la grammaire et à la délicatesse de la langue;

Cuvier, Raynouard, de Tracy, Cousin, Droz, etc., pour toutes les matières de science, d’érudition et de philosophie.

Indépendamment des ressources que lui offrait la variété des connaissances de tant d’hommes supérieurs, l’Académie eut souvent recours aux membres les plus distingués des autres Académies, tels que Biot, Fourier, Thenard, Arago, pour la révision d’articles qui sortaient de ses attributions spéciales.

Mais ce mouvement général des esprits eut une influence très-marquée et, on peut le dire, regrettable sur l’orthographe et l’intégrité même du français. Dans les sciences d’observation, physique, chimie, botanique, zoologie, nosologie, tout était renouvelé; leur classification et leur nombreuse nomenclature exigeaient un accroissement et une création de termes nouveaux, pour lesquels la littérature grecque offrait, dans son vaste domaine scientifique, une mine inépuisable. Ce fut donc à la langue grecque, dont la flexibilité et la richesse se prêtaient si bien à la composition des mots destinés à exprimer ces nouveaux besoins, que l’on dut naturellement recourir pour forger et souder cette multitude de termes spéciaux. Par ce moyen, une définition qui eût exigé en français une longue périphrase trouvait concentrée en un seul mot; mais, comme ces composés n’étaient intelligibles qu’à ceux qui savaient le grec, ils défrancisaient notre langue.

Sous l’impression de cet envahissement archéologique, l’Académie, dans sa sixième édition, eut un moment d’hésitation, et tenta même, pour trois ou quatre mots d’origine grecque, déjà surchargé de consonnes, d’y ajouter encore une h: rythme devint rhythme, aphte devint aphthe, phtisie devint phthisie, et diphtongue (que Corneille et l’Académie elle-même écrivaient toujours ainsi) devint diphthongue; synecdoque, ainsi écrit dans la quatrième édition, devint synecdoche. Cet essai malheureux, qui partait d’un principe contraire au génie de notre langue, fut généralement réprouvé, et ne servit qu’à mieux démontrer la tendance de l’écriture française, du moins pour les mots usuels, à se rapprocher des formes de notre ancienne langue, antipathique à l’appareil scientifique des ph et des th.

Une distinction devrait donc s’établir entre les termes d’un ordre purement scientifique, qui, par leur nature même, conviennent à des ouvrages spéciaux[22], et les mots qui, quoique savants, sont indispensables à la langue usuelle dont ils font partie. Tout en éloignant l’idée de rien changer à la nomenclature purement scientifique (excepté le ph qui serait si bien remplacé par notre f), et en reconnaissant l’utilité des composés grecs où se complaisent les adeptes, on désirerait que, du moment où un mot a servi comme une monnaie nationale à la circulation journalière, il n’apparût au Dictionnaire de l’Académie que revêtu de notre costume: l’Usage, en lui donnant le droit de cité, l’a rendu français.

[22] Tel est le Dictionnaire de Nysten, continué par MM. Littré et Robin. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les mots qui le composent pour reconnaître qu’ils n’ont rien de français.

Après avoir successivement supprimé dans un si grand nombre de mots les lettres étymologiques et introduit d’importantes modifications dans les signes orthographiques, l’Académie jugera peut-être le moment venu d’imiter (et sa tâche serait bien moindre) l’exemple que ses prédécesseurs lui ont donné, surtout dans leur troisième édition. La liste des mots où pourraient s’opérer ces modifications n’est point aussi considérable qu’on serait tenté de le croire.

L’usage si fréquent que j’ai dû faire, et que j’ai vu faire sous mes yeux, dans ma longue carrière typographique, du Dictionnaire de l’Académie, m’a permis d’apprécier quels sont les points qui peuvent offrir le plus de difficultés. J’ai cru de mon devoir de les signaler.

L’Académie rendrait donc un grand service, aussi bien au public lettré qu’à la multitude et aux étrangers, en continuant en 1868 l’œuvre si hardiment commencée par elle en 1740 et qu’elle a poursuivie en 1762 et en 1835. Il suffirait, d’après le même système et dans les proportions que l’Académie jugera convenables: