- 1o De régulariser l’orthographe étymologique de la lettre χ, ch; et de substituer aux θ, th, et φ, ph, nos lettres françaises dans les mots les plus usuels; d’ôter l’h à quelques mots où il est resté pour figurer l’esprit rude (῾);
- 2o De supprimer, conformément à ses précédents, quelques lettres doubles qui ne se prononcent pas;
- 3o De simplifier l’orthographe des noms composés, en les réunissant le plus possible en un seul mot;
- 4o De régulariser la désinence orthographique des mots terminés en ant et ent;
- 5o De distinguer, par une légère modification (la cédille placée sous le t), des mots terminés en tie et tion, qui se prononcent tantôt avec le son du t et tantôt avec le son de l’s;
- 6o De remplacer, dans certains mots, l’y par l’i;
- 7o De donner une application spéciale aux deux formes ɡ et g au cas où le j, dont le son est celui du g doux, ne serait pas préférable;
- 8o De substituer l’s à l’x, comme marque du pluriel à certains mots, comme elle l’a fait pour lois, au lieu de loix (lex, la loi, leges, les lois).
Parmi ces principales modifications généralement réclamées, l’Académie adoptera celles qu’elle jugera le plus importantes et le plus opportunes. Quant à celles qu’elle croira devoir ajourner, il suffirait, ainsi qu’elle l’a fait quelquefois dans la sixième édition, et conformément à l’avis de ses Cahiers de 1694[23], d’ouvrir la voie à leur adoption future au moyen de la formule: Quelques-uns écrivent...; ou en se servant de cette autre locution: On pourrait écrire... Par cette simple indication, chacun ne se croirait pas irrévocablement enchaîné, et pourrait tenter quelques modifications dans l’écriture et dans l’impression des livres.
[23] Voyez l’[Appendice A].
Voici ce qui est dit en tête même des Cahiers de remarques sur l’orthographe françoise pour estre examinez par chacun de Messieurs de l’Académie:
«La premiere observation que la Compagnie a creu devoir faire, est que, dans la langue françoise, comme dans la pluspart des autres, l’orthographe n’est pas tellement fixe et determinée qu’il n’y ait plusieurs mots qui se peuvent escrire de deux differentes manieres, qui sont toutes deux esgalement bonnes, et quelquefois aussi il y en a une des deux qui n’est pas si usitée que l’autre, mais qui ne doit pas estre condamnée[24].»
[24] Soit donc que l’Académie écrive orthographe et même ortografie, ortographe ou ortografe, elle pourrait ajouter: [On a écrit aussi ortographie.] Dans le Dictionnaire de Nicod (Paris, 1614, in-4o), on ne trouve point orthographe, mais ortographie, conformément à Du Bellay, qu’il cite pour autorité.
Les changements, lorsqu’ils s’introduisent successivement dans l’orthographe, ne sauraient causer un grave préjudice aux éditions récentes. Ces modifications passent inaperçues d’une partie du public et se perdent dans la masse. On peut d’ailleurs en juger par la comparaison de l’orthographe des textes originaux de nos écrivains dits classiques avec celle de leurs éditions récentes: modifiée du vivant même de l’auteur et plus tard par les progrès successifs de l’écriture académique, elle diffère sensiblement de l’impression primitive. Aucun trouble cependant n’en est résulté dans les habitudes, et nous lisons sans difficulté nos grands écrivains du dix-septième siècle dans leurs éditions originales. Leur antiquité leur prête même un charme de plus.
Toute innovation, sans doute, surprend et paraît même chocante au premier abord; mais, une fois introduite, elle devient aussitôt familière. C’est une véritable conquête qui, dès lors et d’un consentement unanime, fait partie du domaine public.
Et, en effet, qui voudrait aujourd’hui écrire, conformément au Dictionnaire de 1694: adveu, advoué, abysmer, aisné, autheur, bienfacteur, connoistre[25], chresme, desgoustant, escrousté, feslé, horsmis, yvroye, phantosme, phlegme, etc.; ou bien encore: costeau, deschaisnement, déthroner, entesté, eschole, espy, gayeté, giste, mechanique, monachal, noircisseure, ostage, ptisanne, saoul, thresorier, stomachal[26], je sçay, vuide, vuider, etc.?