| congnoistre, | Manuscrits de l’Hospital et autres. |
| cognoistre, | Dict. de Robert Estienne, 1540. |
| connoistre, | 1re édit. du Dict. 1694. |
| connoistre, | 2e édit. du Dict. 1718. |
| connoître, | 3e édit. du Dict. 1740. |
| connoître, | 4e édit. du Dict. 1762. |
| connaître, | 6e édit. du Dict. 1835. |
On propose d’écrire, dans la nouvelle édition, conformément à la prononciation, conaître avec un seul n, et l’on devrait même écrire conètre, ce qui distinguerait, d’accord avec l’étymologie, naître, venant de nasci (nascerunt ou nascêre) de conètre qui vient de noscere. Ainsi, sur dix lettres, trois, auraient successivement disparu sans le moindre inconvénient. Dans un manuscrit inédit du chancelier Michel de l’Hospital, que je possède, je lis même ce mot, écrit partout avec un n de plus, congnoissance. C’est ainsi que d’eschole on a fait définitivement école, en supprimant deux lettres en ce mot seul qui en avait sept. Il en est de même de espy, desgoustant, estesté, qui sont devenus épi, dégoûtant, étêté, etc. On pourrait même quelquefois, en se rapprochant de l’origine latine, simplifier l’orthographe de certains mots. Ainsi, pourquoi écrire, vaincre, vainqueur, les mots vincere, victor, irrégulièrement transportés du latin? Puisque nous écrivons victorieux et invincible, écrivons vincre et vinqueur, ne fût-ce que pour conserver l’uniformité d’orthographe dans ce vers:
Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.
[26] L’Académie écrivait, dans sa première édition, stomachal; dans la seconde, stomacal; dans la troisième, stomachal; dans la quatrième et la sixième, stomacal, qui est sa forme définitive.
Avec la deuxième édition, celle de 1718: abbatre, abestir, adjouster, advis, advoué, asne, bestise, beveue, creu, dépost, desdain, estain, estincelle, espatule, estuy, inthroniser, leveure, obmettre, pluye, pourveu, quarrure, relieure, vraysemblance, etc.?
Avec la troisième édition, celle de 1740: chymie, alchymie, chymiste, etc., frére, mére, naviger, quanquam (pour cancan), patriarchal, paschal, pseaume, quadre, quadrer, des qualitez, des airs affectez, etc.?
Avec la quatrième édition: foible, foiblesse, enfans, parens, qu’il paroisse, écrit comme la paroisse, pseaume, reconnoissance, je voulois, ils étoient (écrit auparavant estoient, puis enfin étaient)?
Dès à présent on s’étonne d’écrire avec la sixième: cuiller, roideur, roide, aphthe, phthisie, rhythme, diphthongue. Quatre consonnes de suite! l’orthographe du quinzième siècle n’en admettait que deux et écrivait diptongue, spère (sphère ou plutôt sfère), σφαίρα.
Si l’orthographe étymologique a l’avantage, bien faible à mon avis, de mettre sur la trace des racines, et d’aider parfois à deviner la signification du mot quand on possède à fond les langues anciennes, ce système qui, pour être rationnel, ne saurait admettre ni transaction ni demi-parti, sans mettre souvent en échec le savoir philologique, n’est plus, depuis 1740, un système, c’est le désordre. D’ailleurs l’étymologie n’est souvent qu’un guide peu sûr pour découvrir le sens actuel des vocables dont la signification s’est modifiée dans le cours des âges, au point de devenir méconnaissable, ainsi que M. Villemain l’a si bien démontré dans la préface du Dictionnaire de 1835.
Il ajoute même, et avec plus de force encore, cette réflexion: «La science étymologique n’est pas nécessaire pour la parfaite intelligence d’une langue arrivée à son état de perfection. L’analogie et l’étymologie peuvent bien fournir matière à quelques observations curieuses et plus souvent encore à des disputes inutiles, mais elles ne déterminent pas toujours la véritable signification d’un mot, parce qu’il ne dépend que de l’usage. Rien, en effet, n’est plus commun que de voir des mots qui passent tout entiers d’une langue dans une autre, sans rien conserver de leur première signification.»