(Sieur de Mauconduit.) Traité de l’orthographe; dans lequel on établit, par une methode claire et facile, fondée sur l’usage et sur la raison, les regles certaines d’écrire correctement. Et où l’on examine par occasion les regles qu’a données M. de Lesclache (par le sieur de Mauconduit). Paris, Jacques Talon, 1669, in-12, de 4 ff. et 232 pp.
Ce petit traité, remarquable par son exécution typographique, ne s’occupe pas de la régularisation de l’écriture française. L’auteur s’élève même avec beaucoup de force contre le système d’écriture semi-phonétique proposé par de l’Esclache. Il nous sert simplement à constater l’état de la question au moment où l’Académie française allait s’en emparer.
Lartigaut. Les progrês de la véritable ortografe, ou l’ortografe francêze fondée sur ses principes, confirmée par démonstracions. Ouvrage particuliër et nécésêr à toute sorte de persones qui veulent LIRE, PRONONCER ou ÉCRIRE parfêtemant par rêgles. Paris, Laurent Ravenau et Jean d’Ouri, 1669, in-12.—Principes infaillibles et regles assurées de la juste prononciation de la langue françoise. Paris, 1670, in-12.
Le premier ouvrage de Lartigaut offre un grand intérêt. Contemporain de Corneille, de la Fontaine, de Molière, de Racine, il possède à fond la langue élégante et correcte de son temps, et nous indique aussi exactement que possible la prononciation de la cour de Louis XIV. L’accentuation forte qui y est figurée me confirme dans l’idée que je m’étais formée de la prononciation du Théâtre-Français au temps de Corneille et de Racine, et dont Larive avait conservé la tradition[163].
[163] Je l’ai souvent entendu réciter des vers chez mon père, et je l’ai vu au Théâtre-Français jouer le rôle de Philoctète dans l’Œdipe de Voltaire avec une accentuation bien plus chantée, si l’on peut s’exprimer ainsi, qu’elle ne l’a été après lui, surtout par Talma qui a changé, sous le rapport de la déclamation, la manière de scander les vers.
Voici une page de l’avis important placé en tête du livre. Je souligne les différences de la lecture avec celle de nos jours:
«Cête matière et pluz délicate[164] qu’èle ne parêt: il faut être antièrement détaché, et avoir un dezir sincer de recevoir ce qui peut persuader an quéque part qu’il se treuve. Car pour peu que l’on se plêze à contredire, on se rant incapable d’en juger; dautant qu’il y a pluzieurs chozes qui ne dépendent que de la délicatêse de l’orêlle, où l’opiniatreté et le dezir de s’opozer à tout peuvent treuver de coi flater un esprit de contradixion. Ne lire un livre que danz le dêsein d’y treuver à redire, ce n’et paz être tout à fêt sage; et c’et fêre le critic à contretams: il faut être du moinz indiférant, et ne rien condaner sanz avoir sur le cham des rêzons contrêres à ce que l’on reprant. Je condane moi-même les fautes que je puis avoir lêsé couler (ou l’inprimeur) contre les principes qu’il faut suivre: et je puis dire san vanité que je suis le seul qui n’établis rien qui leur sét[165] opozé, et qui ne me contredis paz; qui et asurément le pluz grant point que l’on puise et que l’on doive garder, mês que persone n’a pu ancor observer sur ce sujêt: et voici come une persone qui ne cherche sinplemant que l’utilité danz toute choze peut rêzoner.
[164] Dans ces mots délicate, èle, antièrement, etc., l’auteur emploie l’e moyen avec accent droit. Mon père et mon oncle en avaient reconnu l’utilité dans beaucoup de mots, tels que collége, séve, entièrement, etc., et plusieurs livres ont été imprimés ainsi; mais on dut en abandonner l’usage, par suite de la confusion et de l’embarras qui en résultaient dans la composition et la distribution typographique. Les lettres se brouillaient dans les cases, surtout les petits caractères. On dut donc, à regret, renoncer à un système si simple, lequel, sans apporter aucun trouble à la vue, guidait la prononciation.
[165] J’ai entendu, dans ma jeunesse, M. de Tracy prononcer il crait (il croit, credit), et endreit.
«Je conês que l’ortografe vulguêre et ambarasante pour la lecture, contrêre à la véritable prononciacion qu’èle doit exprimer et prèque inposible à savoir sanz la conêsance du grec et du latin; ancor y-an a-t-il trez peu qui la sachent parfêtemant avec tout cela. Je ne doute paz que si l’on pouvêt treuver le moyen de randre l’écriture conforme à la parole avec une tèle modéracion qu’on pùt suivre des principes asurés et des rêgles constantes, sanz tomber dans aucune absurdité, et sanz rien changer inutilemant, il faudrêt sanz doute le prandre pour pluzieurs rêzons: 1o afin de savoir l’ortografe avec plus de facilité, et avec plus de certitude; 2o afin de ne paz être obligé d’aprandre le grec et le latin pour seulemant ortografier; 3o parce que c’et une choze indubitable que tout le monde an lira mieuz, et que l’on ne poura prononcer mal; 4o pour randre la Langue francêze pluz universèle par la facilité que tous les étrangers treuveront dans la lecture de nos livres, et plus recomandable par la douceur prèque divine de son élocance, qui se comuniquera par tout.»