Il écrit donc: il a u, ç’ust esté, si je l’usse su, la vénération que j’ai ue; et acause, alaverité, apeine, apeuprês, aprêsdemain, aucontraire, aulieu, aureste, avanthier, demesme, desorte, malapropos, toutafait.
François Charpentier, de l’Académie française. De l’Excellence de la langue françoise. Paris, Vve Bilaine, 1683, 2 t. en 1 vol. in-12 de 9 ff. et 1110 pp.
Ce docte académicien, qui partage en matière d’orthographe les idées de Regnier des Marais, appliquées plus tard dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie, est, comme Henri Estienne, un défenseur de la précellence du langage français, non plus sur l’italien, mais sur le latin lui-même.
Il établit dans le cours de son livre que notre langue n’est nullement inférieure au latin sous le rapport de l’euphonie et de l’harmonie imitative, qu’elle a produit non moins de chefs-d’œuvre, et qu’elle est parvenue de son temps à une perfection égale à celle du langage des Romains au siècle d’Auguste.
Il cite un certain nombre de vocables français plus doux, plus brefs que leurs correspondants en latin. S’il eût poussé plus loin ses investigations, il fût sans doute arrivé à reconnaître la supériorité, sous le rapport de la rapidité et même de l’euphonie, des mots du latin vulgaire transformés par le peuple avant la Renaissance, sur ceux forgés depuis par les savants sur le type primitif. Voici quelques points de comparaison:
| Primitif latin. | Mots du vieux français. | Mots de latin francisé. |
| quadragesima | caresme, carême | quadragésime |
| claudicare | clocher, clochement | claudication |
| capillus | cheveu, chevelu | capillarité |
| carcer | chartre | incarcération |
| coctus | cuit, cuisson | coction |
| dulcis | doux, adoucir | édulcoré |
| fructus | fruit, fruitaison | fructification |
| fluctus | flot, flottaison | fluctuation |
| hirundo | aronde | hirondelle |
| macer | maigre, maigreur | émaciation |
| maturus | mûr, mûrir | maturation |
| scandalum | esclandre | scandale |
| separare | sevrer, sevrage | séparation |
| species | espèce et épice | spécification |
| siccitas | sécheresse | siccité |
| strictus | étroit | strict |
| cubare | couver | incubation |
| redemptio | rançon | rédemption |
| sacramentum | serment | sacrement |
| acceptare | acheter | accepter |
| captivus | chétif | captif |
| fragilis | frêle | fragile |
| nativus | naïf | natif |
| rhythmus | rime | rhythme |
| sarcophagus | cercueil | sarcophage |
| porticus | porche | portique |
| organum | orgue | organe |
| mobilis | meuble | mobile |
| alumine | alun | alumine |
| debitum | dette | débit |
| examen | essaim | examen |
Si donc le français a son individualité, s’il est riche de sa beauté propre, si ses vocables surpassent souvent pour la simplicité, la rapidité, l’euphonie, leurs correspondants latins, pourquoi s’attacher, comme on le voulait au temps de Charpentier, et comme il n’en reste que trop de vestiges, à défigurer notre orthographe, dont on fait un pastiche de celle du latin et du grec, en y introduisant tant de consonnes doubles inutiles et même incompatibles avec le génie simple de notre ancienne langue[168]?
[168] Voir sur la comparaison des mots du vieux français avec ceux forgés depuis le XVIe siècle: Étude sur le rôle de l’accent latin dans la langue française, par M. Gaston Paris. Paris, Franck, 1862, in-8.—Notions élémentaires de grammaire comparée, par E. Egger. Paris, Durand, 1865, in-12.—Grammaire historique de la langue française, par M. Auguste Brachet. Paris, Hetzel, 1867, in-12.—Et plus haut (p. [167]) l’article de M. Sainte-Beuve.
J.-B. Bossuet, membre de l’Académie française. Voir plus haut, aux Opinions des académiciens, p. [130].
Je dois faire figurer Bossuet parmi les novateurs, puisque son esprit logique voulait la régularisation et non le désordre. On a vu son opinion au sujet d’un parti à prendre pour les mots dont la désinence est écrite sans motif tantôt en ant et tantôt en ent bien qu’ils dérivent également de participes latins en ens. (Voir p. [130].)