«On aura soin de n’amployer jamais aucun caractère pour un son difèrant de celui auquel nous le destinons ici.

«Il reste deus choses a marquer pour randre l’ècriture plus conforme a la prononciation:

«1o La longueur des voyèles. Come je ne crois pas qu’il soit nècessaire de marquer quand la voyèle est brève, on marquera seulement cèles qui sont longues, par les chevrons () ausquels on est acoutumé.

«Il y a un inconvéniant auquel il est aisé de remèdier. Cet inconvéniant est que le chevron qu’on met sur l’e long, come dans èvêque, prêtre, marque en même tams qu’il est ouvert. Mais nous avons des e fermés qui sont longs come dans ils alérent, ils marchérent. Si pour marquer cète longueur, on se servoit d’un chevron, il seroit a craindre qu’on ne donât a ces e le son de è ouvert. Il est aisé de remèdier a cet inconveniant. Ces é fermé (sic) dont la prononciation est longue ne se trouvent que dans quelques troisièmes persones du pluriel des verbes, come ils alérent, ils trouvérent, et dans quelques adverbes en mant, come comunémant, aveuglémant, et l’on poûra dans ces ocasions marquer la longueur de l’é fermé par des accents aigus un peu plus longs que les accents aigus ordinaires.

«2o La seconde chose que l’ècriture doit marquer pour faciliter la lecture consiste en ceci: il y a des lètres qu’on ècrit et qui ne se prononcent jamais, come le b dans plomb: il y en a d’autres qui varient selon les ocasions: dans quelques ocasions èles se prononcent, dans d’autres èles ne se prononcent point. Par èxample le t final; car il y a des ocasions ou il se prononce, et d’autres ou il ne se prononce pas, come je l’expliquerai en parlant des consones finales.

«On poûroit règler que les lètres qui ne se prononcent jamais come le b de plomb ne s’ècrivissent jamais; et pour cèles qui varient, on poûroit règler qu’on mètroit un point sous la lètre qui ne se prononce pas, par èxample: Je lui ai parlé come iḷ faut.

«Moyènant ces prècautions, on ècrira en notre langue de manière que ceus qui liront ne poûront jamais se tromper. Ceus qui savent lire prèsantemant trouveront peu de changemant dans nos caractères; et ceus qui ne savent pas lire poûront en moins d’un mois aprandre la valeur de tous nos caractères et lire sans faire de fautes.

«A l’ègard des livres qui sont dèja imprimés, quand on saura l’ècriture nouvèle et règuliêre que je propose, on aprandra bientôt a lire ce qui est imprimé selon l’ècriture irrègulière et dèraisonable dont on se sert prèsantemant.

«Quelques gens qui ont vu mon projet tel que je viens de l’expliquer l’ont trouvé fort raisonable, et conviènent qu’il seroit utile; et la dificulté qu’il y a a le faire recevoir par tout le monde, leur fait dire que le succès est plus a souhaiter qu’a espèrer. Mais il faut que les gens charitables et bien intantionés pour les intérêts du public prènent courage. Il faut du tams, je l’avouë, pour faire rèüssir ce projet dans toute sa perfection: mais ne peut-on pas au moins l’acheminer tout doucemant en atandant quelque secours inespèré?

«Il ne faut pas croire que le public soit ènemi de tous les changemans. N’a-t-on pas reçu come d’un consantemant unanime dans la plus grande partie de l’Europe, lesJ consones et les V consones? N’y a-t-il pas un grand nombre de gens èclairés qui ont retranché les S qui ne se prononcent pas, et qui ont admis les accents (^) pour marquer la longueur des silabes?