Ce titre seul suffit pour indiquer que le système de l’auteur se rapproche de celui des novateurs le plus avancés. Voici comment il entre en matière:
«Le publiq doit être bien rasazié dés Granmères q’on fét depuis qeqe tans, cepandant an voici ancore une dont on veut le surcharjer, mes on souëte de savoir avant cela son santimant sur celeci, dans laqel’ on prand une route bien diferante de celes que les autres fezeuz de granmères ont tenu. Si qeq’un montre qe le sisteme n’an soit pas bien lié, on promet par avanse de le corijer ou de le suprimer.
«El’ aura deuz parties, la premiere dés qeles ne tretera que de l’uzage q’on devrét fere des letres de nôtre alfabét, de qele maniere il faut se servir des trois acsans, é de qeqes autres marques qon observe dans la lecture é dans l’écriture, come sont les poins de separasion q’on apele aussi diéreze. Cete partie aura six diâloges. La derniere partie contiendra aussi six diâloges, dans les qels on egspliquera, a-peu-prés come dans les autres granmères, les neuf parties du discours. Je dis a-peu-prés, parcqu’il y aura qeqes chanjemans q’on croit necesères pour randre les regles de notre langue plus asurées.»
On voit que ce système se rapproche de celui préconisé plus tard par M. Marle; l’auteur termine par cette maxime:
Temporibus errata latent et tempore patent.
Le tans cache é decouvre tout.
Ce projet de réforme, qui, tout en ayant des inconvénients, n’en a pas moins quelques mérites, n’a eu aucun succès, bien qu’il ne manquât pas d’être favorisé, comme on peut s’en rendre compte par quelques passages tels que celui-ci, tiré des Remarques, etc.
«Il y auroit de la temerité, Monsieur, a vous assûrer que vôtre nouveau projet de grammère sera generalement approuvé. Il n’est pas aisé de faire revenir de leur entêtement certains gens, a qui une prevention chimerique fait rejeter tout ce qui a un air de nouveauté, le bon come le mauvais. Cependant pour ce qui regarde l’ortografe, on ne voit pas grand risque à vous prometre le sufrage de la plus belle moitié du monde françois; dautres oseront peut être en dire davantage, persuadés que les Dames, dont jentens ici parler, ont le discernement très-juste. Eles vous aplaudiront sans doute, èles qui conformement à vôtre dessein ecrivent come èles parlent, et èles parlent bien.
«Vous devez encore avoir les étrangers dans vôtre parti, car ils trouveront plus de facilité à lire et à écrire en nôtre langue. Pour les savants la nation n’en est pas si traitable: mais ils ne seront peut-être pas tous si infatués du pedantisme, qu’ils ne renoncent a ce fatras d’étymologies, de multiplicité inutile de letres, etc., qui jusquici n’a servi qu’à ambarasser et l’ecrivain et le lecteur, et ils voudront bien enfin reconoître que l’ecriture ne servant qu’à exprimer et peindre la parole, c’est une injustice de la vouloir plus parfaite que son original.»
L’auteur de cet article, dont l’orthographe est moins téméraire, nous dit avoir parlé sur ce même sujet dans le Journal de Trévoux de mai 1705.