Il regrette le double emploi du c et du q, et celui de l’s et du z; il écrit au singulier nagét, avec accent aigu, et nagêt, avec l’accent circonflexe pour le pluriel. «Quatre lettres retranchées tout d’un coup, oien (nageoient). Quel abatis! s’écrie-t-il, mais il est bien comode.» Et il observe que la prononciation de geoient au pluriel étant plus longue que celle du singulier geoit, se trouve convenablement indiquée par la différence seule des accents. Il termine ainsi:

«Si vous n’êtes pas plus heureux quant à votre ortografe que ceux qui ont tenté la chose avant vous, dumoins aurés-vous d’illustres compagnons de vôtre infortune. Mais seroit-il possible qu’on s’opiniatrât a vouloir faire passer des huit ou dix ans dans la poussière d’un college, pour aprendre a écrire ce que l’on sait bien prononcer, et que la raison parlât tant de fois a ceux qui font profession d’être ses eleves, sans s’en faire entendre?»

Viennent ensuite des additions à ces Remarques, p. 201, où, entre autres choses, on regrette l’emploi de l’h inutile dans certains mots.

«Il n’y a pas long-temps qu’on avoit une regle assez sûre des mots ou ele faisoit quelque fonction, mais a present on ne sait plus a quoi s’en tenir: come ele oblige a parler un peu du gosier et qu’on fait plus a présent la petite bouche que jamais, on voudroit l’exclure des endroits ou son empire est le mieux établi, et dernièrement j’entendis dire a un doucereux qui se pique de bel esprit: donés moi de l’achis, il est en aut, pour donés moi du hachis, il est en haut.

«On retranche tant que l’on peut et avec raison les lètres doubles, on ne laisse que les deux ss, aparenment jusqu’a ce qu’une seule entre deux voyelles retiene son usage naturel, et dans certains cas les deux mm, encore change-t-on le premier m en n; ainsi au lieu d’emmener on écrit enmener. Il semble qu’on devroit en faire autant de l’m qui se prononce come n: jambe, janbe, pompe, ponpe, etc., l’épargne n’est pas grande, mais au temps où nous somes les petits profits ne sont pas à négliger.»

Il se récrie aussi sur la prononciation de t come s en certains cas.

Ces observations sont suivies de la réponse de l’auteur du Projet de l’Esei.

DIX-HUITIÈME SIÈCLE

L’abbé Regnier des Marais, secrétaire perpétuel de l’Académie française. Traité de la Grammaire françoise. Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1706, in-4 et in-8 de 4 ff., 711 pp. et 11 ff. de table.—Remarques sur l’article CXXXVII des Mémoires de Trévoux, touchant le Traité de la grammaire françoise de M. l’abbé Regnier. Paris, J.-B. Coignard, 1706, in-4.

L’Académie, dans les travaux préparatoires de son Dictionnaire, qui ne parut qu’en 1694, avait adopté la méthode du travail en commun; mais elle crut devoir remettre le soin de rédiger une Grammaire conforme à ses principes à son secrétaire l’abbé Regnier des Marais. Il publia son ouvrage en deux volumes in-12 dès 1676, et en donna une édition infiniment supérieure dans l’in-4 de 1706. De 1694 jusqu’à la seconde édition du Dictionnaire, qui ne parut qu’en 1718, l’Académie eut quelque temps de repos. Elle recueillit alors les doutes sur la langue et se donna la tâche de les résoudre. Cette société préparait ainsi des matériaux pour la Grammaire qu’elle méditait et que du reste les statuts de sa fondation l’obligeaient de rédiger. «Mais elle ne tarda pas à reconnaître qu’un ouvrage de système et de méthode ne pouvait être conduit que par une personne seule; qu’au lieu de travailler en corps à une Grammaire, il fallait en donner le soin à un académicien qui, communiquant son travail à la compagnie, profitât si bien des avis qu’il en recevrait, que, par ce moyen, son ouvrage pût avoir dans le public l’autorité de tout le corps.» Regnier avait une parfaite connaissance de notre langue et de quelques autres; il s’était fait un nom par sa traduction de la Pratique de la perfection chretienne de Rodriguez. Son assiduité aux conférences du Dictionnaire, dont il était chargé de rédiger les résultats, l’avait mis mieux que tout autre en état d’en exposer les principes dans une grammaire.