[179] Bossuet, plus logique, écrivait atantion, atantat, atantif, atantivement.

Ch. Irénée Castel, abbé de Saint-Pierre, membre de l’Académie française. Discours pour perfectioner l’Ortografe. (Dans les Mémoires de Trévoux, février 1724, et dans le Journal des Savans, avril 1725.)—Projet pour perfectionner l’ortografe des langues d’Europe. Paris, Briasson, 1730, in-8 de 266 pp. et 1 f.

Dans son ardent amour de l’humanité, dans son zèle pour le rapprochement intellectuel des peuples de notre continent, le bon abbé de Saint-Pierre conçut, près d’un siècle avant Volney, le plan d’une écriture et d’une orthographe applicables à divers peuples de l’Europe. Il ne lui fut pas donné comme à son successeur de trouver le moyen d’approprier l’alphabet latin aux langues de l’Asie dites sémitiques. L’étude comparée des idiomes était à peine ébauchée au commencement du siècle passé. L’ouvrage d’Irénée Castel, faible dans la conception des moyens de représentation phonétique, n’en renferme pas moins des vues ingénieuses et des aperçus qui révèlent la sagacité de l’observateur. Il m’est impossible de figurer ici son orthographe, parce que, pour déshabituer l’œil de son lecteur des formes traditionnelles, il écrit alternativement les mots par les différentes lettres qui peuvent en figurer le son. Ce procédé, qu’il considère comme un acheminement à la réforme, est chez lui un système.

«Quel est le but de l’art de l’ortografe, se demande-t-il, de cet art si beau et si précieux, avec lequel nous pouvons faire entendre nos sons articulés, c’est-à-dire nos paroles, et par conséquent nos pensées à ceux qui vivent ou qui vivront et à qui nous ne pouvons parler? Quelle est la fin de cet art avec le secours duquel nos yeux nous servent d’oreilles et notre main nous sert de langue, de voix, d’articulation, en un mot de prononciation? Quel est le but de cet art qu’un de nos poëtes nous peint si élégamment en deux vers:

C’est de Tyr[180] que nous vient cet art ingénieux

De peindre la parole et de parler aux yeux.

[180] La science moderne a démontré, contrairement au témoignage de la plupart des historiens de l’antiquité, et à l’aide de monuments irrécusables, que l’alphabet n’avait pas été inventé par les Phéniciens, et que ceux-ci l’avaient reçu de Babylone ou de Ninive. (Voir Noël des Vergers, l’Étrurie et les Étrusques, t. III, Appendice sur l’histoire de l’écriture.)

«Le but de cet art, c’est certainement d’exprimer exactement et sans laisser aucun doute, par un petit nombre de figures simples, faciles à former et à distinguer, tous les mots dont les hommes se servent en parlant.»

Partant de cette juste définition, l’auteur remarque avec beaucoup de raison qu’il y a un grand inconvénient à conserver dans les langues des lettres qui ne se prononcent pas: si l’enfant, par exemple, s’est accoutumé à prononcer abbé comme s’il n’y avait qu’un seul b, arrivé à l’étude du latin, il prononcera, en vertu de la logique naturelle de l’esprit, abas, au lieu de abbas, en italien abate au lieu de abbate; en même temps, en français, s’il s’est habitué à lire effet comme s’il y avait éfet, il lira effrayé, comme s’il y avait éfrayé.

Cette observation est très-judicieuse, et j’ai signalé plus haut, ainsi que l’a si bien fait M. Littré (voir p. [164]), l’action de l’écriture sur la prononciation, qu’elle altère à la longue.