Dans son Discours pour perfectioner l’ortografe l’auteur envisage historiquement les vicissitudes de l’écriture française: «Si dans l’origine, dit-il, on a prononcé le mot sentir comme on prononce en latin sentire, on a dû écrire ce mot comme on le prononçoit, par e, mais nous devons aujourd’hui l’écrire comme nous le prononçons.»

Il croit que la langue était beaucoup moins riche trois ou quatre cents ans auparavant, mais que l’orthographe de cette époque était beaucoup meilleure que la nôtre, c’est-à-dire qu’elle ressemblait beaucoup plus à la manière de prononcer alors en usage.

Il recherche les causes des dissidences orthographiques: «Si dans notre ortographe les François avoient suivi peu à peu et exactement les changemens qui arrivoient peu à peu dans la prononciation de quelques mots, notre ortografe d’aujourd’hui seroit bien moins imparfaite; mais, sans y faire de réflexion, nous avons continué à écrire les mêmes mots de la même manière que nos aïeux, sans songer qu’ils les prononçoient d’une manière très différente de celle dont nous les prononçons.»

Il a connu, dit-il, des vieillards qui prononçaient je courois comme une couroye. La prononciation a changé, ne serait-il pas raisonnable de changer également l’écriture? Mais on ne peut le faire que par degrés. L’auteur développe cette dernière proposition avec beaucoup de force et de raison.

Il y a cinquante ou soixante ans, ajoute-t-il, on a commencé à changer quelque chose dans l’écriture de peur qu’elle ne ressemblât presque plus à la fin à celle d’aujourd’hui. Plusieurs ont même ôté depuis quelques lettres que l’on avait gardées uniquement pour faire connaître les origines: ils ont écrit sience, aprendre, filosofe, saint et non sainct; ils ont ainsi en diverses occasions retranché certaines lettres qui ne se prononçaient plus ou ne s’étaient jamais prononcées.

«Dès que l’on veut bien écouter la raison contre la mauvaise coûtume, on sent que ces premiers novateurs sur l’ortografe ont déjà rendu un grand service à notre langue d’écriture en tâchant de la faire insensiblement ressembler davantage à notre langue de prononciation.

«Rien ne se perfectione sans nouveauté, et il est de la nature des ouvrages humains de pouvoir toûjours se perfectionner.»

Il résume ainsi les cinq sources de la corruption présente et de la corruption future de l’orthographe et les cinq inconvénients auxquels il se propose de remédier:

«1o Négligence à suivre dans l’orthografe les changemens qui arrivent dans la prononciation;

«2o Négligence à inventer autant de figures qu’il y a de sons et d’articulations connues;