«L’écriture n’a été inventée que pour indiquer la prononciation; elle ne doit que peindre la parole, qui est son original; elle ne doit pas en doubler les traits, ni lui en donner qu’elle n’a pas, ni s’obstiner à la peindre à présent telle qu’elle était il y a plusieurs siècles.»

D’Alembert énonce ainsi son opinion sur l’ouvrage de Du Marsais: «Tout mérite d’être lu dans le Traité des tropes, jusqu’à l’errata; il contient des réflexions sur notre orthographe, sur ses bizarreries, ses inconséquences et ses variations. On voit dans ces réflexions un écrivain judicieux, également éloigné de respecter superstitieusement l’usage et de le heurter en tout par une réforme impraticable.» (Éloge de Du Marsais, dans le t. VII de l’Encyclopédie.)

Voici cet errata dont parle d’Alembert[181]:

[181] Je crois que l’errata dont il est question ne se trouve que dans cette édition que je possède. On a eu grand tort de la supprimer dans les éditions postérieures.

«Je ne crois pas qu’il y ait de fautes typographiques dans cet ouvrage par l’atention des imprimeurs, ou, s’il y en a, elles ne sont pas bien considérables. Cependant, come il n’y a point encore en France de manière uniforme d’orthographier, je ne doute pas que chacun, selon ses préjugés, ne trouve ici un grand nombre de fautes.

«Mais, 1o mon cher lecteur, avez-vous jamais médité sur l’orthographe? Si vous n’avez point fait de réflexions sérieuses sur cette partie de la Grammaire, si vous n’avez qu’une orthographe de hazard et d’habitude, permettez-moi de vous prier de ne point vous arêter à la manière dont ce livre est orthographié, vous vous y acoutumerez insensiblement.

«2o Êtes-vous partisan de ce qu’on apèle anciène orthographe? Prenez donc la peine de mettre des lettres doubles qui ne se prononcent point, dans tous les mots que vous trouverez écrits sans ces doubles lettres. Ainsi, quoique selon vos principes il faille avoir égard à l’étymologie en écrivant, et que tous nos anciens auteurs, tels que Villehardouin, plus proches des sources que nous, écrivissent home de homo, persone de persona, honeur de honor, doner de donare, naturèle de naturalis, etc., cependant ajoutez un m à home et doublez les autres consones, malgré l’étymologie et la prononciation, et donez le nom de novateurs à ceux qui suivent l’anciène pratique.

«Ils vous diront peut-être que les lettres sont des signes, que tout signe doit signifier quelque chose, qu’ainsi une lettre double qui ne marque ni l’étymologie ni la prononciation d’un mot est un signe qui ne signifie rien, n’importe: ajoutez-les toujours, satisfaites vos yeux, je ne veux rien qui vous blesse, et pourvu que vous vous doniez la peine d’entrer dans le sens de mes paroles, vous pouvez faire tout ce qu’il vous plaira des signes qui servent à l’exprimer.

«Vous me direz peut-être que je me suis écarté de l’usage présent: mais je vous suplie d’observer:

«1. Que je n’ai aucune manière d’écrire qui me soit particulière et qui ne soit autorisée par l’exemple de plusieurs auteurs de réputation.