«2. Le P. Bufier prétend même que le grand nombre des auteurs suit aujourd’hui la nouvèle orthographe, c’est-à-dire qu’on ne suit plus exactement l’anciène. J’ai trouvé la nouvèle orthographe, dit-il (Grammaire françoise, p. 388), dans plus des deux tiers des livres qui s’impriment depuis dix ans. Le P. Bufier nome les auteurs de ces livres. Le P. Sanadon ajoute que depuis la suputation du P. Bufier le nombre des partisans de la nouvèle orthographe s’est beaucoup augmenté et s’augmente encore tous les jours [Poësies d’Horace, préface, p. XVII[182]]. Ainsi, mon cher lecteur, je conviens que je m’éloigne de votre usage; mais, selon le P. Bufier et le P. Sanadon, je me conforme à l’usage le plus suivi.

[182] Le P. Sanadon a suivi une orthographe simplifiée dans l’édition qu’il a donnée de sa traduction d’Horace, et j’ai le droit de le faire figurer parmi les réformateurs.

«3. Êtes-vous partisan de la nouvèle orthographe? vous trouverez ici à réformer.

«Le parti de l’anciène orthographe et celui de la nouvèle se subdivisent en bien des branches: de quelque côté que vous soyez, retranchez ou ajoutez toutes les lettres qu’il vous plaira, et ne me condânez qu’après que vous aurez vu mes raisons dans mon Traité de l’ortographe (sic).»

La Bibliotèque des enfans, ou les premiers elemens des letres, contenant le sistême du Bureau tipografique, etc., à l’usage de Mgr le Dauphin et des augustes enfans de France. Paris, Pierre Simon, 1733, 4 vol. in-4.

Dans cet important ouvrage, la pratique est unie à la théorie, puisqu’il est entièrement imprimé dans le système d’écriture très-simplifié mis au jour par le Bureau typographique. L’alphabet n’y est en rien altéré. On voit que le succès obtenu dans l’enseignement de la jeunesse fut remarquable, car il est consigné dans les actes déposés au greffe de la juridiction de M. le chantre de l’Église de Paris, où on lit:

«Nous, après avoir entendu l’auteur et vu les enfants travailler audit bureau, aïant examiné le tout avec exactitude, avons jugé ledit système très ingénieus, fort propre à avancer la jeunesse sans la dégouter et très capable d’oter les epines qui se trouvent, surtout en aprenant aux enfans les premiers elemens. C’est pourquoi nous estimons et croyons que monsieur le chantre peut permettre la pratique de ce sistème et l’exercice du Bureau tipographique dans les écoles de sa juridiction et exhorter les maistres à le pratiquer, etc.»

On peut juger de ce système d’orthographe dès le début du livre, que je crois rédigé par Dumas, fondateur du Bureau typographique:

«Bien des gens s’imaginent que de comancer deus ou trois ans plus tot ou plus tard, cela ne sauroit guere influer ni en bien ni en mal dans le reste de la vie, et qu’enfin l’education tardive peut mener également à la perfection. C’est là un préjugé que l’ignorance ét la coutume paroissent n’avoir déjà que trop autorizé; car le dégout de la plupart des écoliers ne vient peut être pas moins d’une education tardive que d’un défaut de disposition aus lètres. Je pense donc qu’il seroit utile que l’enfant pût lire presque aussitot qu’il sait parlér: cela lui doneroit plus de facilité dans tous ses exercices. La diference d’un enfant qui lit à trois ans ét de celui qui à peine lit à sèt doit être contée pour beaucoup dans la suite des études. Il y a tant de choses à aprendre qu’on ne sauroit comancer trop tôt.» L’auteur cite à ce propos l’exemple du Tasse: il apprenait la grammaire à trois ans, et avec un tel succès que son père l’envoya au collége des jésuites à quatre ans.

L’auteur donne des exemples de la multiplicité des manières dont l’enfant est contraint de figurer un même son: